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550 ans plus tard…
Les commémorations se dérouleront de mars à octobre 2026, dans les cantons de Vaud, Fribourg et Berne.

550 ans plus tard…

3 avril 2025 | Textes: Robin Badoux
Edition N°La Région Hebdo No 5

L’association Grandson-Murten 2026, créée en vue des commémorations pour les 550 ans des deux fameuses batailles médiévales de Grandson et Morat, concrétise son idée de rapprochement des deux communes en rassemblant 42 projets culturels, touristiques ou sportifs sous sa bannière.

En 1476, Bourguignons et Confédérés se sont battus en terres vaudoises et fribourgeoises, à Grandson et à Morat. Ces points d’orgue des guerres de Bourgogne fêteront en 2026 leurs 550 ans. Plusieurs acteurs se sont réunis sous l’égide de l’association Grandson-Murten 2026 (G-M26) afin de commémorer de diverses manières ce patrimoine commun entre les deux communes. «On s’est rendu compte, il y a quatre ans, que personne ne s’était dit quoi faire pour ces 550 ans», remarque Camille Verdier, directeur de la Fondation du château de Grandson (FCG) et président de l’association G-M26. Celle-ci réunit les communes de Grandson et Morat, l’Association pour le développement du Nord vaudois (ADNV), Morat tourisme, le Musée de Morat et la FCG.

Pour rappel, l’association entend créer une synergie inédite entre Grandson et Morat pour la commémoration de ces batailles, alors que, jusqu’à présent, ces anniversaires étaient fêtés séparément. Elle espère aussi planifier, organiser et financer une série d’événements, projets et échanges autour des 550 ans, tout en rassemblant, sous le label «Grandson-Murten 2026», les projets et événements organisés et financés par des tiers en lien avec les batailles.

Des objectifs connus (voir La Région du jeudi 7 mars 2024), qui ont été rappelés hier lors d’une conférence de presse organisée à Grandson au pavillon provisoire de la place du Château. Il y a également été rappelé que, même s’il s’agit de commémorer deux épisodes sanglants de l’histoire suisse, c’est avant tout le rapprochement entre des régions différentes qui sera mis en avant. «Il s’agit de dépasser le cadre de la bataille pour parler des ponts reliant nos deux régions aujourd’hui», appuie Camille Verdier.

Vers l’avenir et au-delà!

L’association a néanmoins présenté les avancements effectués en 2024, soit le rassemblement de 42 projets portés par des acteurs vaudois et fribourgeois sous sa bannière. «Il y a de nombreux événements planifiés, d’un côté à Grandson, et de l’autre à Morat, mais un cinquième des projets s’étend sur les deux territoires ou en périphérie», précise le chef de projet, l’historien Daniel Jaquet. «Il y aura les commémorations à proprement parler, mais aussi d’autres grands événements comme la réouverture du château de Grandson», ajoute-t-il.

Les réjouissances s’étendront du 2 mars (date de l’inauguration officielle du nouveau Musée du château de Grandson) au 4 octobre 2026. S’y inséreront des événements qui entretiennent déjà des liens avec les commémorations des batailles, comme la fête de la Solennité de Morat ou la course Morat-Fribourg, et d’autres en prendront les couleurs le temps des commémorations. Cela concerne par exemple les Z’ôtres Brandons de Grandson ou même une exposition d’art contemporain organisée par l’artiste Jorge Cañete à Grandson. D’autres partenariats sont prévus, comme des projets de recherche à l’Université de Lausanne ou à l’EPFL, ou encore la création d’une bière Boxer commémorative.

Tout cumulé, l’enveloppe budgétaire de ces différents projets s’élève à 9 millions de francs. L’association G-M26 s’est engagée à en fournir 1 million. Jusqu’à présent, elle a réuni 565 000 francs grâce notamment aux cantons et à la Loterie Romande, qui seront répartis au profit des porteurs de projet.

Les défis pour l’année à venir consistent, premièrement, à atteindre les objectifs de financement, soit ce million de francs. Deuxièmement, à déployer son plan de communication avec un site internet, des activités sur les réseaux sociaux ou encore la production de supports de communication. Et enfin de coordonner les soutiens aux différents porteurs de projet en vue des festivités.

De grands travaux donc pour ces 550 ans des deux batailles. Mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle? «L’idée n’est pas de réaliser une seule fête, mais de créer une dynamique qui se poursuivra dans le temps», explique Stéphane Moret, directeur de Morat Tourisme. «Nous plantons des graines pour l’avenir, remarque de son côté Nadia Mettraux, directrice de l’ADNV. Le rapprochement de deux offices du tourisme, de deux châteaux, des populations et de nombreux acteurs permettra de créer des synergies pour d’autres projets futurs.»


L’héritage des batailles

Que faire aujourd’hui des grandes batailles des siècles passés? Pourquoi continuer à célébrer ces épisodes sanglants?

Longtemps, les historiens se sont engoncés dans ce qu’il est coutume d’appeler «l’histoire-bataille», étudiant ces événements d’un point de vue militaire et les séparant de leur contexte. Aujourd’hui, les historiens entendent remettre ces batailles dans leur contexte historique, afin de les replacer dans le temps long. Une bataille ne peut ainsi se résumer à un simple fait guerrier, mais devient également un fait culturel, sociologique et économique.

Les batailles de Grandson et de Morat n’y ont pas échappé. Leurs commémorations, surtout au XIXe siècle, ont surtout servi à gonfler l’idée d’une Suisse unie contre l’envahisseur bourguignon. Aujourd’hui, en revanche, il ne s’agit plus de glorifier le fait guerrier ou le patriotisme, mais d’en tirer des leçons. Elles peuvent ainsi servir de catalyseurs pour imaginer des rapprochements, comme c’est le cas pour les commémorations imaginées pour les 550 ans, où il s’agit de créer des liens pérennes entre deux communes, Morat et Grandson.