Football – 2e inter – Le nouvel entraîneur Jean-Benoît Schüpbach fait appel aux valeurs du passé, qui ont forgé la légende du club joratois ces dernières années, afin d’inverser la tendance.
En pleine chute libre, le FC Thierrens s’est tourné vers son passé. Entraîneur du club joratois durant cinq ans, jusqu’en 2012, Jean-Benoît Schüpbach est de retour à la tête de l’équipe du Marais, en danger de relégation. «Le président Maurice Séchaud m’a appelé un dimanche (réd: il y a dix jours), au lendemain de la défaite contre Echichens, alors que j’étais en Belgique. Il était au fond du bac. Il m’a demandé de l’aide. J’ai tout de suite dit oui, sans réfléchir», raconte «JB».
Au FCT, quand ça ne va pas, on fait appel à ce qui a toujours fait fonctioner le club: les émotions. Malgré un agenda très chargé -il tient un magasin de sport à Marnand et s’en ira avec l’équipe de Suisse à l’Euro, dès la fin mai (voir ci-dessous)-, Jean-Benoît Schüpbach n’a pas hésité. Pas plus que son assistant Guy Favre, un autre homme qui connaît bien la maison. «Dès ma nomination, j’ai reçu des messages de soutien de plein d’anciens. Tous m’ont confié qu’ils étaient prêts à venir dépanner si, un soir, je n’étais pas là, assure le nouvel entraîneur. Simplement parce que c’est Thierrens. C’est un club à part. Pour le FCT, personne ne réfléchit.»
Le successeur de Benoît Pythoud connaît bien la majorité de l’effectif, qu’il a déjà eu sous ses ordres… avec quelques années de moins. «Ce sont des super joueurs, qui ont simplement perdu confiance en leurs moyens», estime leur mentor. Pour retrouver le chemin de la victoire, il va utiliser une recette bien connue au Marais, en s’efforçant de raviver les valeurs propres au club. «L’esprit qui y règne est au-dessus de la moyenne. Le FC Thierrens a besoin d’euphorie, de mettre des goals. Tous ceux qui y sont passés sont marqués à jamais. Honnêtement, je n’aurais pas repris l’équipe si elle était en milieu de classement, sans rien à jouer, car elle aurait été ennuyeuse. Mais quand il y a un objectif, quand elle joue quelque chose, alors tout devient possible.»
Sur le terrain, le technicien souhaite revenir aux bases du football à la sauce thierranaise: une équipe compacte, qui se projette vite vers l’avant. Un jeu plus direct, sans passes alibis qui, à son sens, sont inadaptées aux pelouses locales et aux qualités de ses troupes. «En Europe, 82% des buts sont inscrits en moins de sept secondes de possession du ballon», lance le quinquagénaire, pour conforter son opinion. S’il réussit à rallumer la mèche, Thierrens va être explosif.
Le mois de vérité
En un gros mois de travail, avant qu’il ne doive s’en aller s’occuper des pieds des joueurs de l’équipe de Suisse, dès le 21 mai, Jean-Benoît Schüpbach aura dirigé le FCT durant cinq rencontres. Les trois dernières du championnat, ce sont son adjoint et les anciens qui s’en occuperont. Samedi dernier, pour le premier match sous sa direction, sa formation s’est inclinée 3-2 à Colombier. «Il y a eu de bonnes choses et un nul aurait été plus équitable. J’ai, toutefois, trouvé l’équipe un peu en-dessous physiquement. Ce qui est surprenant pour Thierrens. Mais l’esprit du club va faire que ça va revenir rapidement», assure l’entraîneur, convaincu que son message trouvera écho dans les tripes de ses hommes.
Bon pied, bon oeil
Lorsqu’il ne chausse pas ses crampons pour entraîner, Jean- Benoît Schüpbach s’occupe des chaussures des autres. Il est, depuis 1999, le «Monsieur crampons» de l’équipe de Suisse de football. Au fil du temps, il a mis au point ses propres techniques pour améliorer les souliers des joueurs de la Nati, et tous les autres. «J’ai développé mes propres semelles, mes crampons (réd: souvent copiés par les grandes marques ensuite) et un savoir-faire», explique-t-il.
Depuis tout ce temps, il a été de toutes les grandes compétitions auxquelles la sélection a pris part. A partir du 21 mai prochain, et le premier camp de préparation des hommes de Vladimir Petkovic, «JB» préparera lui aussi l’Euro, avec une obsession: «Que les joueurs ne pensent pas à leurs pieds pendant qu’ils jouent.»
Dans son magasin de Marnand, on ne trouve que des chaussures qu’il a soigneusement sélectionnées. «Aujourd’hui, les marques ne réfléchissent qu’en termes de marketing. Il faut que les produits se vendent, peu importe qu’elles comportent des aberrations. Certains designers n’ont jamais dû voir un ballon. Plus de la moitié des blessures sont dues à un mauvais choix de souliers. Il est devenu difficile de bien conseiller les jeunes», constate le spécialiste, qui pointe, aussi, les dangers des terrains synthétiques.
Pour en revenir à l’équipe de Suisse, Jean-Benoît Schüpbach a foi en son potentiel. «Il faut oublier les performances des derniers matches amicaux, dans des périodes où les gars jouent encore gros avec leurs clubs. On a un super groupe. Il faut laisser les joueurs finir les championnats, puis le focus sera entièrement sur l’Euro en France.» Puisse-t-il avoir raison.