Soucieux d’innover, Alain Salzmann s’est lancé dans la culture de cette céréale qu’il récoltera d’ici la fin du mois de septembre. L’agriculteur participe à un projet de recherche novateur en faveur des surfaces agricoles.
Sous un soleil de plomb, Alain Salzmann arrache les mauvaises herbes qui poussent dans sa rizière, située à proximité du canal d’Entreroches. Avec son épouse Valérie, l’agriculteur bavoisan s’attelle quotidiennement à cette tâche ingrate. «On n’utilise aucun traitement. C’est pourquoi, on est obligé de le faire à la main, sinon c’est l’invasion», explique-t-il. Soucieux de se diversifier – il cultive déjà du safran, du malt et possède une plantation truffière –, l’homme participe à un projet de recherche novateur lancé par le Centre de recherche suisse pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement Agroscope en partenariat avec le Groupe d’intérêt pour le riz humide. Cette étude vise à implanter des rizières inondées, comme on en trouve en Asie, sous nos latitudes. Les essais sont conduits sur sept parcelles réparties à Bavois, au Mont-Vully, à Witzwil, à Schwadernau et à Brugg (AG). L’Agroscope espère poursuivre ce projet pour une période de cinq ans.
En mai dernier, Alain Salzmann a semé du riz sur deux surfaces qu’il a complètement inondées avec de l’eau de drainage. Sur la première, d’une étendue de 3000 m2, les résultats semblent plutôt positifs, puisqu’il s’agit d’une terre végétale beaucoup plus riche que la seconde surface de 6000 m2, composée essentiellement de terre minérale. «Cela a mis du temps à démarrer, assure l’agriculteur bavoisan, âgé de 51 ans. On a eu quelques craintes, car il y a eu du gel à la fin du printemps et beaucoup de bise. Plusieurs plantons ont gelé et il a fallu en planter à nouveau. Mais les températures de cet été ont été optimales.» Par ailleurs, Alain Salzmann a été confronté à la venue de canards très friands qui ne se sont pas gênés d’engloutir quelques plantons.
Grâce à un système de pompage automatique, les deux terrains ont été inondés toutes les deux nuits pendant une heure et demie durant les fortes chaleurs. «Il faut toujours que la tête de la plante soit hors de l’eau», poursuit-il.
Deux sortes de riz poussent sur ses deux parcelles: le riso loto et le carnaroli qui se récolte un peu plus tardivement dans la saison. Par ailleurs, une étudiante de l’Université d’Hohenheim, en Allemagne, teste quatre variétés additionnelles, dont deux proviennent de Camargue. Une fois récoltés, les grains seront acheminés dans un séchoir du Nord vaudois.
Un marché potentiel
Aujourd’hui, la Suisse importe entre 50 000 et 60 000 tonnes de riz par an. Actuellement, 450 tonnes sont cultivées dans le delta de la Maggia, dans le canton du Tessin. Il s’agit du riso loto, particulièrement apprécié pour la préparation du fameux risotto.
Tandis que les grains tessinois sont cultivés au sec et arrosés, l’Agroscope développe un projet de culture humide. En 2017 et 2018, des essais ont été lancés à Granges (SO) et à Schwadernau (BE). «On a obtenu des résultats prometteurs sur de petites surfaces», indique Thomas Walter, l’un des responsables du groupe chargé des paysages agricoles et de la biodiversité au sein de l’Agroscope.
Pour les tests actuels, il faut un accès à l’eau et à la force électrique. Si les surfaces deviennent plus grandes, un système d’irrigation sera plus favorable.
«Les terres d’Alain Salzmann sont intéressantes, car elles contiennent un fort taux de matériel organique», poursuit Thomas Walter. L’inondation des anciennes tourbières a le potentiel de diminuer les gaz à effet de serre.
Si les récoltes le permettent, Alain Salzmann espère pouvoir commercialiser ses grains de riz dans les épiceries de détail et les magasins en vrac.
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