Pour les oiseaux limicoles, entre le Sénégal et la Scandinavie, il n’y a que la plaine de l’Orbe.
Le bécasseau de Temminck, l’échasse blanche et la bécassine sourde, vous connaissez ? Eh bien, ces trois oiseaux, rares, de la famille des limicoles, sont de passage à Yverdon-les-Bains. Et ce n’est pas un hasard s’ils s’arrêtent dans la région: c’est grâce à l’initiative d’ornithologues passionnés qui, depuis 2015 et jusqu’en 2020, ont créé une «station-service» pour les oiseaux migrateurs.
Ces petits échassiers viennent des côtes africaines et rejoindront celles, plus fraîches, de la Scandinavie. Ils feront le trajet inverse à l’automne. Sur cet itinéraire de quelque 8000 km, les escales se font de plus en plus rares. Car ces oiseaux se nourrissent d’invertébrés, qu’ils trouvent dans les zones humides. «Mis à part en Camargue, il n’existe plus de zones suffisamment grandes pour les accueillir, relève Jean-Claude Muriset, ornithologue. Autrefois, ils pouvaient trouver un peu de nourriture dans les plaines inondables et sur les grèves du lac, dans les zones de gravier. Mais les inondations naturelles deviennent rares et le niveau du lac de Neuchâtel est inadéquat pour offrir des zones de gravier. Ils peinent donc à trouver leur nourriture.»
Une aide bienvenue
Les ornithologues ont décidé d’aider ces migrateurs en leur créant une zone adaptée à leurs besoins. Un premier test était réalisé en 2017. L’association Escales limicoles et agriculture était née.
Grâce à l’inondation artificielle de mars à mai 2019 de cinq hectares de terre tourbeuse entre la Thièle et le canal occidental, face au centre équestre sur la plaine de l’Orbe, les limicoles ont pu faire une escale inespérée sur leur longue route. Après quoi, du maïs ou d’autres céréales seront plantés dans ce champ. Soutenus par la Station ornithologique de Sempach, la société Nos oiseaux, la Fondation Montagu, la Confédération, le Canton et la Commune, les membres de l’association se relaient chaque jour à proximité du site pour procéder à des comptages et des relevés scientifiques. Car les aspects en lien avec la conservation et la fertilité du sol font aussi l’objet d’une surveillance.
«S’il s’avérait que la mise en eau améliorait la qualité de la terre tourbeuse en freinant sa minéralisation, l’agriculture sortirait aussi bénéficiaire de l’opération», précise Christian Roulier, biologiste. Avec Pierre Iseli, président de l’association, et Jean-Claude Muriset, Christian Roulier se réjouit de pouvoir dresser déjà une liste de dix-huit migrateurs que l’on ne voyait pratiquement plus chez nous. «C’est grâce à un travail main dans la main entre la Ville, les agriculteurs et notre association que ce projet a pu se concrétiser.»