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Des lourdes peines requises au Tribunal

23 janvier 2013

Le procureur a demandé neuf et cinq ans de prison contre les deux frères d’origine kosovare impliqués dans la fusillade de Lucens et qui auraient été les seuls à tirer. Mais il subsiste un doute sur l’expédition punitive des trois autres comparses.

Le jugement du Tribunal criminel sera rendu le 1er février prochain.

Tout concourt de prime abord à donner raison au procureur Donovan Tésaury dans l’affaire de la fusillade et la course-poursuite mettant en cause cinq protagonistes d’origine kosovare, dont deux sont devenus Suisses, qui a eu lieu le 31 octobre 2011 à Lucens. Mais il subsiste quand même quelques zones d’ombre dans le déroulement d’un réglement de compte où l’un des cinq protagonistes a été grièvement blessé au thorax par une balle qui l’avait complètement traversé (La Région Nord vaudois du vendredi 18 janvier). Le coup de feu avait été tiré par F. B., qui a reconnu les faits et contre lequel le Ministère public a requis neuf ans de prison devant le Tribunal criminel de la Broye et du Nord vaudois, à Yverdon.

B. B., son jeune frère, a dans la foulée été désigné comme le deuxième tireur lors de ces tristes événements et le procureur a demandé contre lui une condamnation de cinq ans, alors qu’il nie toujours avoir fait usage d’une arme à feu. Dans sa plaidoirie, Me Manuela Ryter-Godel, son avocate, a d’ailleurs soutenu «que son client n’en avait pas utilisée et qu’il avait toujours livré une même version des faits, contrairement aux trois autres accusés qui s’étaient rendus à Lucens pour venger l’un des leurs».

Bagarre et expédition punitive

Toute cette histoire avait justement été déclenchée lorsque A. H. s’est fait tabasser par les deux frères à Moudon, suite à un différend financier concernant un fond de dette impayé. Il a ainsi demandé aux deux autres prévenus, F. K., son oncle qui sera gravement blessé et qui a conduit la Mercedes avec laquelle ils se sont rendus à Lucens, et M. L., un copain, de l’accompagner pour ce qui a été qualifié d’expédition punitive lors du procès. Dans l’acte d’accusation, il est mentionné que F. K. a tiré en l’air au moyen de l’arme qu’ils avaient emportée pour impressionner les deux autres antagonistes à leur domicile.

Cette version a toutefois été écartée par le procureur à la suite des dépositions de l’audience. Il se dit convaincu qu’en dépit de ses dénégations, le plus jeune des deux frères est bel et bien le second tireur lors des hostilités entre deux groupes kosovars. Me Stefan Disch, avocat de deux des autres prévenus, et Me Georges Reymond, du troisième, ont abondé dans ce sens et mis en évidence que leurs clients n’ont jamais tiré, «puisque aucun impact de balle n’a été décelé sur la maison des familles de F. B. et B. B.», ont-ils précisé entre autres constatations.

Un témoignage troublant

Mais lors de leurs plaidoiries, les avocats des deux frères ont maintenu la version de l’acte d’accusation. Me Etienne Campiche, qui défend le plus âgé, a d’ailleurs insisté sur le témoignage d’une voisine qui a, semble-t-il, suivi assez attentivement les péripéties de la soirée et qui a même entendu la conversation du jeune frère, B. B. paniqué et sentant sa famille menacée, plus encore demandant avec un portable à la police (via le 117) de venir sur place au plus vite. Et comme ce témoignage apparaît comme le plus crédible de tous ceux qui ont été fournis, il subsiste quand même un doute sur le second tireur de cette soirée.

Le Parquet a donc requis neuf ans de prison contre F. B., accusé d’être l’auteur du tir qui a failli être fatal, et cinq ans de prison contre le frère cadet de ce dernier. Il a aussi demandé une peine de 180 jours-amende à 40 francs, 22 mois et douze mois de prison pour les trois autres protagonistes d’une affaire hors norme, comme l’a qualifié le procureur. Le jugement du Tribunal criminel sera rendu le 1er février prochain.