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Eric Saintrond : «J’ai retrouvé à Orbe beaucoup de mes racines wallonnes»

30 juillet 2014

Sport universitaire – Le secrétaire général de la FISU s’est établi dans la Cité aux deux poissons. Le Belge y prononcera d’ailleurs le discours du 1er Août.

© Michel Duperrex

© Michel Duperrex

Les yeux un peu froissés par les séjours à la montagne et un sourire chaleureux illuminent le visage d’Eric Saintrond quand il nous accueille, en toute simplicité, sur une terrasse du centre-ville, à Orbe, où il est établi depuis le mois de mars. A 54 ans, le Belge a serré la main des personnalités les plus influentes de ce monde. Secrétaire général (CEO) de la Fédération internationale du sport universitaire (la FISU), il est au coeur de l’organisation des Universiades.

Eric Saintrond a connu les balbutiement de son organisation. Tous les deux ans, il organise des Jeux d’été et d’hiver à travers le monde. Ballotté d’un bout du globe à l’autre, il se ressource dans la Cité aux deux poissons, où il occupe un appartement du bas de la ville. Fondeur, hockeyeur et, surtout, alpiniste dans l’âme, il profite de ses moments de liberté pour s’évader dans la région.

Rencontre.


Eric Saintrond, vous travaillez à la FISU depuis 1985. Comment y arrive-t-on ?

Le bureau, créé en 1979, était dirigé par un Belge de mon université. C’est ainsi que, quelques années plus tard, alors que j’avais terminé mes études, je m’y suis engagé. Il s’agissait alors de semi-bénévolat. La structure était très modeste à l’époque, avec quatre personnes au total, alors qu’il y a maintenant quarante collaborateurs. Je ne pouvais pas imaginer un tel développement. Il faut dire qu’on est passé de l’organisation de quatre Championnats du monde de disciplines universitaires (réd : en plus des Universiades) à trente, maintenant. Et les six prochains Jeux sont déjà attribués. Quand j’ai débuté, on travaillait avec le téléphone fixe, le télex et le courrier. Des conditions qu’on oublie parfois ! On se demande comment on faisait, mais on gérait alors moins d’événements et on était moins impliqué. L’arrivée d’internet a tout révolutionné. On en fait aussi cent fois plus qu’avant.


Vous avez été impliqué dans le développement de sports très diversifiés en Belgique, de l’alpinisme au ski de fond, en passant par l’inline hockey…

Quand on fait un métier au sein d’organismes sportifs, il faut beaucoup donner de soi-même. Les fédérations vivent grâce au bénévolat. Il y a plus de 200 bénévoles -médecins, responsables techniques, etc.- qui aident la FISU. Sans eux, on ne fonctionne pas.


Personnellement, comment expliquez- vous cette diversité ?

Quand on est passionné de montagne en Belgique, comme moi (réd : il a gravi un 6600 mètres au Pérou), il faut compenser le manque d’entraînement en altitude par une préparation physique très poussée. On est alors obligé de toucher à tout. Cela fait aussi partie de ma personnalité.


D’où vous vient cette passion pour les sports d’hiver ?

Dans ma jeunesse, j’allais en vacances dans les Alpes françaises. Et puis, on a de belles falaises en Belgique, qui constituent un excellent terrain de jeu pour l’escalade.


Vous avez déjà été impliqué dans l’organisation de 28 Universiades. Y a-t-il un coin du globe que vous n’avez pas vu ?

Si nous nous rendons beaucoup en Asie, nous sommes très peu allés en Afrique. Il est difficile d’y développer le sport universitaire et les changements politiques fréquents compliquent les choses. Le CIO n’y a jamais fait de JO non plus. Mais je souhaiterais y organiser quelque chose de grand. En 2013, on a investi quelque 800 000 euros pour aider des sportifs de pays en développement à participer aux Jeux de Kazan. Mais ce n’est pas encore suffisant.


Et comment atterrit-on à Orbe lorsque l’on a un tel poste au bord du Léman ?

Je suis un passionné de nature et de sport-nature. J’ai habité à Chavannes- près-Renens depuis 2008, mais la ville n’est pas un grand bonheur pour moi. En Belgique, j’ai grandi à la campagne.


Vous y sentez-vous bien ?

Je suis à vingt minutes des Rasses, de la vallée de Joux et bien plus près de mon bureau ici que je ne le suis en Belgique (réd : il y a aussi une antenne). C’est donc un très bon compromis. Et puis, Orbe reste un endroit avec de la vie et des petits commerces. L’atmosphère villageoise qui y règne me plaît.


Vous avez d’ailleurs accepté d’y faire le discours lors du la Fête nationale suisse. Sans trahir de secret, de quoi allez-vous parler ?

Je vais évoquer le regard d’un étranger ici, à Orbe, au milieu de cette communauté. J’ai été agréablement surpris d’y trouver un côté très international lors du Samedi sans frontière organisé au centre-ville, avec tous ces stands de différentes cultures. Il y a une volonté d’intégration assez remarquable ici. Même si, au travail, beaucoup de mes collaborateurs ont été surpris des résultats des votations en début d’année. En fait, j’ai retrouvé à Orbe beaucoup de mes racines wallonnes. C’est très bizarre !


Basée à Lausanne, la FISU compte-t-elle y rester ?

On y occupe des bureaux depuis 2008. On a officiellement déplacé le siège en 2012 et on a acheté un étage et demi à Dorigny, dans de nouveaux locaux, où on devrait s’établir en 2017. La FISU était basée à Bruxelles, mais loin des autres fédérations sportives. On travaille avec 45 d’entre elles, alors, à Lausanne, et à cinq minutes du CIO, au niveau des relations professionnelles, c’est incomparable.


On a l’impression que les Universiades sont relativement peu médiatisées. Qu’en dîtes-vous ?

On a récemment établi un accord de cinq ans avec Eurosport. Ainsi, en 2013, un total de 2000 heures de direct ont été diffusées pour les Jeux d’hiver et d’été. On commence à s’installer. On a aussi un magazine mensuel sur Eurosport, qui s’appelle Campus. Notre produit commence à être connu, mais il se déroule tous les deux ans. Entre-temps, il faut meubler. Ainsi, on organise trente Championnats du monde universitaires. On sait que le secret réside dans la promotion de nos compétitions au travers des médias. On fait également des efforts pour être plus présents sur les campus -tous les étudiants ne sont pas des sportifs d’élite. On souhaite également lancer des compétitions entre universités, comme cela se faisait au début du 20e siècle. En résumé, on investit de plus en plus pour se faire connaître. D’ailleurs, le 20 septembre, on organise le Festival des sports universitaires à Lausanne.


Quels grands athlètes sont passés par les Universiades ?

La majorité des sportifs aux JO y sont passés. Ils sont donc nombreux : 170 médaillés olympiques à Londres avaient participé à des Universiades dans les années précédentes.


Vous revenez du Brésil. Était-ce pour le Mondial ou les Universiades de Brasilia en 2019 ?

Les deux ! On a pu finaliser des choses avec le gouverneur local et, heureux hasard, j’ai pu voir la Belgique en quarts de finale, contre l’Argentine, même si ce n’était pas un très beau match. Cette visite m’a permis de constater la bonne organisation et les qualités d’accueil des Brésiliens. La Coupe du monde a finalement été un succès. Il faut se rendre compte que l’on ne gère pas un pays de 200 millions d’habitants comme on gère la Suisse, par exemple.


Vous côtoyez aussi les plus grands de ce monde…

Au Brésil, j’ai croisé la présidente Dilma Rousseff. Par le passé, j’ai eu des entrevues privées avec des hommes comme Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev.


Y en a-t-il un qui vous a particulièrement marqué ?

J’avais été impressionné par Poutine, sa manière d’aborder la jeunesse de son pays. Il essaie vraiment de trouver des solutions. A ses yeux, le sport est très positif pour éloigner les jeunes de la drogue. Il faut bien se rendre compte, là aussi, qu’il gère un territoire énorme. Naturellement, les politiciens sont toujours positifs à propos du sport universitaire. Mais Poutine a bien compris que l’avenir de son pays, ce sont ces étudiants. Les amener à pratiquer du sport leur apporte des valeurs, leur forge la personnalité.


Quels rapports entretient la FISU avec le CIO ?

J’ai rencontré Thomas Bach il y a deux ou trois mois. On participe aux réflexions liées au concept olympique. Les athlètes des Universiades ont une moyenne d’âge de 22-23 ans, alors on représente la tranche d’âge située entre ceux des JO de la jeunesse (14-18 ans) et des JO (27 ans en moyenne). L’idée est aussi de créer des échanges entre nos staffs pour améliorer les organisations. Avec jusqu’à 12 000 participants, les Universiades d’été sont comparables aux JO.


Quel regard portez-vous sur les nombreuses affaires de corruption de ces grandes fédérations comme le CIO et la FIFA ?

Du moment que l’on brasse autant d’argent, cela attire beaucoup de gens corruptibles. Par exemple, Sotchi a coûté 50 milliards, alors que nous, pour les Universiades de Trente, le budget était de 15 millions, certes sans construction. Avec quatre milliards à Kazan, on a refait la ville entière, aéroport compris !


Connaissez-vous ces problèmes lors de l’attribution des Universiades ?

Non, car il y a de grosses différences. Nos évaluations sont très techniques, réalisées par un collège de 23 membres issus des milieux académiques. Rien ne revient au plus offrant. Par ailleurs, à nos Jeux, il n’y a pas de prime et, enfin, quand une ville organise les Universiades, il y a une volonté d’investissement, mais pas d’avoir des revenus importants.