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«Ici, les gens s’entraident»
Patrick Simonin, Alexandre Taillefert, Olivier Mark. © Michel Duperrex

«Ici, les gens s’entraident»

27 mars 2021

Bonvillars et les Côtes de l’Orbe ont reçu la visite d’Olivier Mark. Le nouveau président de l’Interprofession des vins vaudois explique sa vision.

Patrick Simonin, député au Grand Conseil et ardent défenseur des produits nord-vaudois, a organisé un véritable pèlerinage pour Olivier Mark. Le nouveau président de l’Interprofession des vins vaudois a eu droit au même schéma, à dix jours d’intervalle: la visite de la coopérative, puis d’un domaine viticole et enfin la rencontre avec le président de l’appellation, tant à Bonvillars (Alexandre Taillefert) que plus tôt dans les Côtes de l’Orbe (Benjamin Morel). A l’issue de cette immersion express dans le Nord, Olivier Mark s’est arrêté quelques instants pour répondre aux questions de La Région.

Les Côtes de l’Orbe il y a quelques jours, Bonvillars aujourd’hui… Vos impressions, à chaud?

J’ai découvert une région que je connais un petit peu moins, du fait que j’arrive de la Riviera. C’est vrai que quand on parle de vignes, Lavaux vient en premier dans mon esprit, c’est normal (sourires). Mais ici, j’ai découvert des parcelles magnifiques, mais aussi des personnes qui collaborent, qui font partie d’une communauté active, où il y a des échanges. Les gens s’entraident, il y a une interactivité sociale qui est palpable, mesurable. C’est quelque chose que l’on connaît beaucoup moins, et qui a même un petit peu disparu, dans les régions lémaniques, qui sont devenues plus urbaines.

Et il y a cette interaction entre l’agriculture et la vigne, qui est une spécificité nord-vaudoise également…

C’est quelque chose qui m’a beaucoup frappé lors de ces deux jours de visite, en effet. J’ai eu un échange récemment dans le Lavaux, où l’on parle énormément de tradition. Un viticulteur m’a dit, en me désignant une parcelle: «Celle-ci, on l’exploite depuis dix-sept générations, quasiment de la même manière qu’aujourd’hui.» Alors qu’ici, dans le Nord vaudois, il y a une plus grande mixité, une plus grande capacité d’adaptation. Beaucoup de viticulteurs font de l’agriculture également et cela amène un état d’esprit: vous avez une parcelle et vous voulez en tirer le meilleur. On y fait du blé, de l’orge ou autre, en fonction de ce qui est le mieux à l’instant présent. Bref: on exploite toutes les possibilités imaginables pour tirer le meilleur de cette parcelle. Et puis, on collabore avec ses voisins, on essaie de mutualiser certaines ressources. C’est un esprit typiquement agricole, transposé au domaine viticole. On explore ici des champs plus larges que sur le Lavaux.

Il existe ici une certaine rivalité régionale entre les Côtes de l’Orbe et Bonvillars. Après un jour passé en immersion chez chacun, quel est votre regard?

Mon ami Simonin m’a en effet dit: «Tu verras, les deux régions sont très différentes!» Pour être très sincère: au travers des visites que j’ai effectuées, j’aurais beaucoup de peine à vous donner des différences fondamentales. J’ai au contraire constaté un même esprit, éminemment rural, solidaire, qui contraste avec l’esprit individualiste de la Riviera. Alors évidemment, il y a une grande Cave à Bonvillars et je vois bien qu’elle concentre toutes les productions et que tout le monde tire à la corde de cette coopérative. C’est différent dans les Côtes de l’Orbe, mais fondamentalement, l’esprit me paraît le même.

Les vins du Nord vaudois souffrent d’un déficit d’image, même si d’importants efforts ont été consentis dans le marketing ces dernières années. Et au niveau de la qualité?

Je vais être clair: il n’y a aucun déficit en termes de qualité ici. Durant ces deux jours, j’ai bu des vins extraordinaires, notamment chez Benjamin Morel, et chez d’autres personnes que nous avons visitées. Vous me pardonnerez de ne pas en faire la liste. Mais effectivement, il m’a été rapporté que, dans un passé pas si ancien que ça, des camions entiers de raisin partaient dans la région de Lavaux et étaient vinifiés là-bas avec des étiquettes plus ou moins précises, disons. Finalement, cette région s’est réapproprié la vinification et son appellation. Cette forte identité régionale permet de commercialiser ce produit de qualité. Ce matin, nous avons rendu visite à la famille Bourgeois, qui est dans un processus de transmission. Le père, qui est de la même génération que moi, parle en termes de surfaces à cultiver, de productivisme. La génération qui arrive, son fils donc, a plutôt une vision de valorisation. Il aimerait développer une structure d’œnotourisme, des dégustations sur place, quitte à associer d’autres produits agricoles au vin. Il y a là tout un champ de possibles. On ne parle plus forcément de production maximale, mais plutôt de mise en valeur. Je l’ai constaté ici aussi.

Vous n’êtes pas un homme de la vigne. Que pouvez-vous apporter en tant que nouveau président?

Je l’ai encore constaté en parlant avec les gens de la vigne, il me manque en effet beaucoup de connaissances pour parler d’égal à égal! Par contre, en tant que président de JardinSuisse, j’ai vécu le déclin de la fleur coupée dans ce pays et il y a quelques points similaires: au fond, cultiver un rosier et cultiver de la vigne, c’est un peu la même chose. Nous avions les mêmes compétences professionnelles, jusqu’à un certain point – je parle de culture –, nous avions les mêmes interlocuteurs sur le marché, les mêmes clients, et les mêmes interlocuteurs institutionnels, que ce soit au niveau cantonal ou fédéral. En fait, pour être clair, ces deux branches de l’agriculture ont vécu, peut-être sans s’en rendre compte, des expériences parallèles. Je crois en effet que le vin suit un peu le même chemin de la libéralisation, avec un peu de retard. Ce que je peux apporter, c’est cette expérience de la libéralisation, justement, le fait de dire: «Attention, le danger vient de l’extérieur. Restons unis. Essayons de faire front commun par rapport aux produits étrangers, exploitons au maximum la régionalisation, cette tendance à la sauvegarde des produits locaux.» Il faut que le monde du vin croie en ses produits. Pour survivre, contrairement à la fleur coupée suisse, il faut collaborer.

Comment voyez-vous le secteur du vin vaudois dans dix ans? Quels sont les défis à relever?

Il faut différencier les mesures liées à la crise du Covid de celles à prendre sur le long terme. Je crois dans le maintien d’une mosaïque de produits. La diversité est essentielle. Par contre, il faudra réfléchir à des collaborations pour présenter les produits, notamment à la clientèle alémanique. Les différentes régions de Suisse romande devront réfléchir à la question des plateformes numériques. Des projets communs pourraient voir le jour. Il faudra voir large, peut-être un petit peu plus qu’aujourd’hui.