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«Il faut vouloir un Etat moins glouton»
Le secrétaire général Christophe Reymond a pris la parole durant l’assemblée générale, hier à La Marive.

«Il faut vouloir un Etat moins glouton»

3 avril 2025 | Texte: J.-Ph. Pressl-Wenger | Photo: Gabriel Lado
Edition N°La Région Hebdo No 5

La Fédération patronale vaudoise (FPV) a tenu son assemblée générale hier soir à La Marive d’Yverdon-les-Bains. L’occasion de faire le point sur de nombreux sujets avec son secrétaire général Christophe Reymond. Interview.

Christophe Reymond, pourquoi avoir choisi Yverdon-les-Bains pour l’assemblée générale de la FPV?

Tout d’abord, laissez-moi vous dire que nous sommes ravis d’y revenir. Nous avons pris l’habitude de changer de ville à chaque assemblée générale et sommes déjà venus dans le Nord vaudois. Le canton de Vaud a déjà logiquement tendance à pencher du côté de l’Arc lémanique, nous voulons ainsi signifier, en allant ailleurs, que la vitalité économique n’est pas cantonnée autour du Léman. Et Yverdon ne fait pas exception à la règle avec certains beaux succès, notamment autour d’Y-Parc.

Quels sont les défis actuels pour la FPV?

Les défis de la Fédération s’avèrent en fait être ceux de nos membres, extraordinairement nombreux et diversifiés. Nous représentons des petites entreprises, des indépendants, mais également des structures plus solides, jusqu’à des multinationales. En conséquence, nous devons faire en sorte de faire cohabiter tout ce tissu économique. Ce défi commun a un nom: la compétitivité, que ce soit au niveau suisse ou dans notre canton.

La compétitivité, justement, a besoin de conditions-cadres claires pour opérer. Quelles sont-elles aujourd’hui?

La compétitivité englobe un large spectre de domaines. Mais il existe un certain nombre de points qui nous semblent déterminants et qui constituent les conditions-cadres nécessaires à cette compétitivité. Tout d’abord, il faut une bureaucratie raisonnable. Or, elle s’avère lourde, et menace de le devenir toujours plus. Ensuite, tous les chefs d’entreprise estiment primordial de pouvoir profiter de bonnes infrastructures. A ce propos, on s’est tiré un certain nombre de balles dans le pied ces dernières années dans le canton de Vaud, tant sur le plan ferroviaire que sur le plan routier, avec comme point d’orgue le refus en votation de l’élargissement des autoroutes sur certains tronçons l’automne passé. D’ailleurs, d’énormes efforts sont à fournir au niveau de la mobilité. Finalement, il reste le lancinant sujet de la fiscalité, dont on constate qu’il imprègne énormément de choses dans le canton. Nous pointons au dernier rang parmi les cantons suisses en termes de fiscalité. Et on remarque l’impossibilité ou le manque de volonté des autorités politiques d’aborder le problème frontalement. Un dernier élément nous semble préoccupant: nous avons besoin de relations économiques ouvertes, même s’il s’agit plutôt d’un thème national. Nos entreprises doivent pouvoir exporter, grâce à des accords de libre-échange, et aussi pouvoir jouir de relations stables avec l’Union européenne.

Cela nous amène aux Bilatérales III, qui suscitent aujourd’hui très peu de vents contraires, à l’exception du volet institutionnel. Quel avenir se dessine autour de ces accords ?

Vous avez raison, il n’y a plus que des questions institutionnelles qui se posent, sur la reprise du droit et le règlement de conflits. Mais jusqu’à il y a une dizaine de jours, le monde syndical était encore rivé sur le fait que les négociateurs avaient «sacrifié» les conditions de travail. Cette volte-face heureuse s’est produite en raison d’accords passés avec les organisations patronales suisses sur des éléments très techniques. Aujourd’hui, les solutions trouvées sur le plan économique et de la protection du marché du travail ne devraient pas poser de problèmes à l’Union européenne.

Vous évoquez une fiscalité pesante, quelles solutions s’offrent au Canton pour la juguler?

La fiscalité, celle des personnes physiques, se décline aussi via l’initiative pour une baisse d’impôts de 12% pour tous. Elle a été lancée entre autres par notre organisation et se retrouve aujourd’hui bloquée institutionnellement en raison d’un coup de Jarnac du Grand Conseil, appuyé par le Conseil d’Etat en décembre passé. Un lien a été artificiellement tissé entre le bouclier fiscal et l’initiative. Le bouclier fiscal cantonal a été modifié pour le rendre conforme à la Constitution fédérale, mais il n’entrerait en vigueur que si l’initiative est rejetée. Cette situation est inadmissible et pose de graves questions autour de la démocratie directe. Il va falloir que la justice, hélas, règle cette question avant que nous puissions imaginer voter. Tout cela demeure malsain, en plus de représenter une perte de temps. Le calendrier dépend maintenant de la Cour constitutionnelle, mais il sera difficile de voter comme prévu en septembre de cette année, alors que l’initiative est déposée depuis deux ans.

Quels remèdes à cette fiscalité pesante?

Il faut dégager les moyens pour y remédier. Il faut simplement vouloir un Etat moins glouton. La critique sur la fiscalité vaudoise ne constitue pas un reproche au Conseil d’Etat en place, car  il aurait fallu empoigner le sujet il y a quinze ans. La situation a été héritée, toutefois nous restons assez critiques à l’égard de la façon dont cette situation a été gérée par le Conseil d’Etat.

Vous faites référence au duo Pierre-Yves Maillard-Pascal Broulis, c’est cela?

Ce duo a bien fonctionné politiquement. Monsieur Maillard a pu régulièrement faire augmenter les dépenses de l’Etat, dans les domaines de la santé, de la protection sociale, ou des subventionnements à l’assurance maladie. Nous avons pu observer un gonflement extraordinaire de l’appareil administratif et de ses dépenses. Monsieur Broulis a réussi à maintenir une pompe fiscale en croissance constante au fur et à mesure que l’activité économique grandissait dans le canton. L’augmentation des recettes fiscales, par année, est extraordinaire! Pour 2025, le budget de l’Etat de Vaud prévoit 450 millions de recettes fiscales supplémentaires. C’est ce que coûterait la totalité de l’initiative des 12%…