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«Je voulais juste la faire taire»

17 février 2015

Yverdon-les-Bains – L’ingénieur suisse accusé d’avoir tué sa femme et fait croire à sa disparition alors qu’il l’avait enterrée dans la forêt, en 2012 à Assens, comparaît devant le Tribunal d’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois.

Thierry G. doit répondre d’assassinat et de violation du devoir d’assistance ou d’éducation par le Tribunal d’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois. © Michel Duperrex

Thierry G. doit répondre d’assassinat et de violation du devoir d’assistance ou d’éducation par le Tribunal d’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois.

Le coup de foudre, un premier enfant, et une villa. Le couple d’Assens avait tout pour vivre son mariage comme dans un conte de fées. Mais l’histoire d’amour entre Claudia G. et Thierry G. a viré au drame, quelques mois, seulement, après la naissance de leur fils. Le père de famille comparaît, depuis hier, devant le Tribunal d’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois. Il est accusé d’avoir tué son épouse en l’étranglant durant son sommeil, avant de faire croire à une disparition.

Les faits remontent à la nuit du 27 au 28 octobre 2012. Alors que l’ingénieur suisse, âgé de 44 ans, devait passer la nuit chez un couple d’amis, à Saint-Légier, il ne parvient pas, selon lui, à trouver le sommeil. Thierry G. était en froid avec sa femme, âgée de 36 ans et d’origine roumaine, et il craignait qu’elle n’avance son voyage au pays, dans sa famille. «Les valises étaient prêtes, je me suis mis à ruminer et j’étais convaincu qu’elle allait partir le lendemain. Je ne pouvais pas la laisser y aller sans essayer de rétablir la situation», tente d’expliquer l’accusé. Il s’est alors rendu, vers une heure du matin, à la maison pour avoir une discussion avec sa femme, en prenant le risque de rouler avec des pneus d’été sur des routes enneigées. Un acte jugé illogique, par le procureur, venant d’un homme décrit comme «cartésien» et «rationnel».

La discussion tourne au drame

Arrivé à Assens, il parque sa voiture dans le garage en prenant soin de fermer la porte de ce dernier, allume la lumière dans la cage d’escaliers, enlève sa veste et chausse ses pantoufles. Il monte ensuite à l’étage pour rejoindre sa femme endormie. «Je n’ai pas allumé la lumière pour la réveiller en douceur. Je lui ai caressé la joue en lui disant que je voulais discuter, mais ça s’est mal passé.»

Selon l’accusé, Claudia G. aurait répondu de «manière énergique» que c’était trop tard. Elle évoque pour la troisième fois le divorce, alors que le couple était marié depuis six mois. «Elle avait décidé qu’elle garderait le bébé, la maison et elle m’a dit: tire-toi, retourne te bourrer la gueule avec tes amis. Là j’ai explosé. Comme une bombe», raconte Thierry G.

Il se met alors à califourchon sur sa femme et l’empoigne. «Ça m’a rendu fou, je me souviens que je voulais la faire taire et que je l’ai secouée, puis c’est le trou noir.» C’est un certain temps après, alors qu’il était assis au bord du lit, que l’homme aurait repris ses esprits. «J’ai pris conscience que mon acte était irrémédiable. Il n’y avait pas un bruit dans la maison, c’était un moment horrible, la solitude absolue. J’ai dû essayer de rester calme et de réfléchir», raconte l’accusé en gardant les yeux baissés, sans laisser paraître ses émotions.

Boucler ses projets avant de se rendre

Appeler la police, se suicider? Thierry G. choisit une troisième option, qui lui permet de «gagner du temps» pour pouvoir mettre son fils en sécurité et boucler ses projets professionnels en cours. Il part enterrer le corps de son épouse dans la forêt, puis retourne à Saint-Légier, abandonnant son fils de trois mois dans la maison familiale. Le lendemain, il fait comme si de rien n’était et attend le téléphone de sa belle-soeur. «Oui, j’étais inquiet pour mon fils, mais il n’y avait pas d’autre alternative et je savais que la soeur jumelle de mon épouse passerait le lendemain.»

Informé, le lendemain, de la disparition de son épouse, l’homme joue alors la surprise et s’inquiète d’une fugue ou d’un enlèvement. D’importantes recherches ont lieu, jusqu’au 11 décembre, où Thierry G. se rend à la police en avouant avoir tué sa femme. «La finalité était déjà claire, je savais que j’allais finir en prison, mais je voulais boucler un important projet au travail et vérifier que mon fils soit entre de bonnes mains.»

Le procès se poursuit aujourd’hui à Yverdon-les-Bains, pour déterminer si le prévenu a tué, ou non, froidement sa femme et si il peut être reconnu coupable d’assassinat.

 

Au bout du rouleau

Depuis le mois de février 2012, des tensions se seraient faites ressentir au sein du couple d’Assens, notamment en raison d’une présence, jugée excessive par le prévenu, de la soeur jumelle de la victime. L’arrivée du bébé a perturbé le sommeil de Thierry G. et le stress professionnel, lié à sa candidature à un poste supérieur, ont accru les tensions.

«Au moment du drame, j’étais à bout. Cela faisait plusieurs semaines que je n’avais plus l’énergie et les capacités de me contrôler», indique l’accusé, décrit par les témoins comme une personne renfermée.