Logo
La grande fête de Dédé emportée par le virus
Yverdon, 6 août 2020. Association Porte-Bonheur, André Marty et Jimmy Weber. © Michel Duperrex

La grande fête de Dédé emportée par le virus

7 août 2020
Edition N°2766

Nord vaudois - Le fondateur de l’association Porte-Bonheur a transmis son bébé à Jimmy Weber en toute discrétion. Il aura droit à un véritable pot de départ en 2021 seulement.

André Marty, surnommé Dédé, savait que 2020 serait une année charnière avec trois caps importants à passer pour préparer sa retraite bien méritée: ses 60 ans en mars, les 40 ans de son atelier de design en juin et, en octobre, les 30 ans de l’association Porte-Bonheur, qu’il a fondée pour venir en aide aux orphelins de Suisse. Tour à tour, le coronavirus a anéanti ses trois réjouissances avec, en guise de coup de grâce, le report du festival Porte-Bonheur en 2021. Prévu sur trois jours, il devait permettre au Cheyrois de passer les rênes de façon conviviale à Jimmy Weber, élu à la présidence en juin.

«Même si je comprends la décision qui a été prise vendredi dernier, elle m’apporte beaucoup de douleur», confie Dédé. Le Nord-Vaudois espérait tirer sa révérence dans la joie d’une fête plutôt que dans la peur d’un virus qui lui a déjà pris sa petite sœur. Ce d’autant plus qu’il a consacré des heures à créer et à promouvoir son association tout en combattant le désarroi et les médisances. «Je suis né dans une famille où nous étions dix. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que quatre. à une période de ma vie, quand on approchait les gens, ils nous fuyaient comme la peste. Un oncle m’avait même dit un jour que nous étions des porte-malheur. Je me suis toujours battu contre cela», a rappelé André Marty, lors de la partie officielle du 1er Août à Yverdon-les-Bains.

C’est dans cette même optique qu’il a tenu à ce que le passage du flambeau s’opère comme prévu. «Tout était déjà en route depuis trois ans et les jeunes sont prêts à prendre la relève. Cela n’aurait pas été juste de repousser», souligne Dédé, qui va rester dans le sillage de Porte-Bonheur durant quelque temps encore, mais sans sa casquette de président.

Les jeunes aux commandes

Cette coiffe-là, c’est Jimmy Weber qui l’a récupérée. à l’image de son prédécesseur, l’Yverdonnois d’origine préfère tabler sur l’optimisme. «Je suis assez serein. Même si on a pris la décision d’annuler le festival, on va s’en sortir.» éducateur depuis quinze ans, il sait où il met les pieds. «Dédé est venu me chercher il y a environ un an pour qu’il puisse y avoir une véritable passation de pouvoir en douceur, raconte-t-il. Il voulait que celui qui lui succède connaisse la situation des pupilles de Porte-Bonheur. C’est bien la première fois que je vois qu’il faut être orphelin pour avoir un travail!» Sans vouloir s’étendre sur son histoire personnelle, l’Yverdonnois ne cache pas que son parcours a été semé d’embûches. Mais c’est aussi ce qui lui donne de la force aujourd’hui. «Présider une telle association demande un investissement personnel et professionnel considérable. Mais il n’y a rien de plus beau que de se battre pour la veuve et l’orphelin.»


Davantage de familles appellent à l’aide

L’annulation du festival Porte-Bonheur aura des conséquences financières. «C’est notre principale source de revenu», assure André Marty, relevant au passage que plus de la moitié des 75 sponsors ont dû revenir sur leur soutien. «On va devoir se bouger, c’est clair, mais on va y arriver», estime Jimmy Weber. Plus prudent, Dédé appelle déjà à la générosité: «On va avoir besoin d’aide parce que les familles subissent de plein fouet la crise. Certains parents ont malheureusement craqué et ont décidé de s’envoler, en laissant leurs enfants derrière eux.»

De telles réactions ne surprennent toutefois plus l’ancien président, qui a déjà vu les résultats de deux crises sur les familles: le sida en 1993 et le crash boursier de 2008. «On s’attendait à davantage de demandes cet été et, malheureusement, c’est le cas, déplore-t-il. On aide autant sur le plan psychologique, juridique, financier qu’administratif.» Pour lui, la différence entre le Covid-19 et les aux autres épreuves, c’est l’isolement. Les réunions et les sorties ont dû être annulées au profit de discussions par téléphone ou visioconférences. «Ce sont pourtant des moments très importants pour les jeunes, non pas pour qu’ils parlent de leur douleur mais justement pour qu’ils puissent s’en défaire quelques instants», conclut Dédé.

Don: www.porte-bonheur.ch ou CH91 8047 2000 0035 0561 7.