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La kiosquière musicienne baisse le store

26 septembre 2014

Lisette Party et son saxophone n’accueilleront plus les habitués du Kiosque des Prés-du-Lac.

Lisette Party, la kiosquière au saxophone des Prés-du-Lac, ici avec son mari Isidore, veut profiter de sa retraite pour voyager et s’occuper de son petit-fils.

Lisette Party, la kiosquière au saxophone des Prés-du-Lac, ici avec son mari Isidore, veut profiter de sa retraite pour voyager et s’occuper de son petit-fils.

S’il est bien une Yverdonnoise pour laquelle la journée de demain aura une saveur particulière, c’est Lisette Party. La commerçante vendra, à cette occasion, ses derniers journaux, cigarettes et autres bonbons en tant qu’exploitante du Kiosque des Prés-du-Lac. L’épilogue d’un nouveau départ, douze ans et demi plus tôt.

«J’ai été employée de commerce pendant 21 ans chez Leclanché. Je vendais des batteries de démarrage.L’ambiance n’était plus au beau fixe. L’entreprise était en pleine mutation et, plutôt que de me retrouver au chômage, j’ai choisi de reprendre ce kiosque», déclare la souriante sexagénaire. A travers cette opportunité, elle découvre les coulisses d’un point de vente qu’elle fréquentait depuis de nombreuses années en tant qu’habitante du quartier.

«Au début, c’était très difficile. Je ne savais pas combien il fallait commander de cigarettes, ni quel prix donner aux différents articles. En fait, c’était de la débrouille», se souvient-elle. Epaulée par son mari et une ancienne auxiliaire du kiosque, elle prend petit à petit ses marques dans son nouveau royaume, réaménagé pour quelques milliers de francs : réfection de la structure, présentoire à cigarettes et étagères sont autant de plus-values offertes aux clients sur des notes de saxophone. «Chez Leclanché, j’avais plutôt l’habitude d’être très sollicitée, alors, au kiosque, je me suis mise à jouer du saxophone pour m’occuper dans mes moments libres», déclare-t-elle.

Pas qu’un point de vente

Le sourire et la volubilité de la commerçante attirent une clientèle croissante. «Le facteur trouvait drôle de voir souvent quelqu’un devant le kiosque», s’amuse-t-elle. Anciens collègues de chez Leclanché, gens du quartier, de passage ou de la zone industrielle proche, les personnes qui s’arrêtent dans son écrin de journaux ont des besoins variés. Certains d’entre eux donnent au petit kiosque de Lisette Party toute la dimension du commerce de proximité. «Les gens aiment bien batoiller. Pour certaines personnes âgées, il s’agissait du seul rendez-vous de la journée», indique-t-elle, des souvenirs plein la tête : deux agressions, un vol de cigarettes -«il ne restait que deux paquets par terre»-, mais aussi, et surtout, de nombreux apéros et une fête mémorable pour marquer les cinquante ans du kiosque, en 2007.

Une tranche de vie sur laquelle on ne ferme pas le store sans émotion. «J’essaie de ne pas y penser. Cela va me faire un coup», lâche-telle, sans pouvoir réprimer quelques larmes. La cessation de son activité ne va, pour autant, pas signifier la mort du kiosque. «Cela m’aurait fait mal de passer devant et de le voir fermé. C’était ma hantise», concède celle qui continuera à habiter dans le quartier. Le nouvel exploitant, dont elle sera à disposition en cas de besoin, reprendra, début octobre, le flambeau, de l’oasis de vie sociale des Prés-du-Lac.