La mort d’un jeune homme suscite une très vive émotion
20 janvier 2014Des centaines de personnes se sont recueillies tout au long du week-end, place Bel-Air à Yverdon-les-Bains, à l’endroit où le jeune homme décédé a été frappé.

Les amis et proches du défunt se sont déplacés en nombre samedi après-midi pour lui rendre hommage et témoigner de leur incompréhension.
Les larmes sur de nombreux visages et l’incompréhension dans toutes les bouches, c’est ainsi qu’une centaine de personnes de tous âges, des adolescents en grande majorité, se sont retrouvées, immobiles, samedi après-midi, sur la place Bel-Air d’Yverdon-les-Bains. Un lieu où, durant tout le week-end, gerbes de fleurs, bougies et messages ont trôné sur le bitume en hommage au jeune D., un Suisse âgé de 17 ans, domicilié dans la région, décédé, vendredi, au CHUV, des suites de ses blessures à la tête reçues, ici même, jeudi vers 17h25.
Un pasteur témoigne
«Je ne comprends pas. Ce n’était pas un garçon violent et il débordait de bonheur, indique le pasteur Jean-Marc Savary, les larmes aux yeux. D. N’avait pas peur de s’investir et était très apprécié. Lors du dernier camp du groupe de jeunes du Nord-vaudois, par exemple, il nous a fait la cuisine et énormément rire.» Non, vraiment personne, sur la place, ne comprend comment un tel drame a pu arriver. Pourquoi, jeudi en fin d’après-midi, D. A été retrouvé, par terre, entre le bar et la pharmacie de la place Bel-Air, la tête ensanglantée. «J’étais devant H&M, des jeunes ont couru vers moi en disant qui s’était ramassé un coup. Je suis alors sorti sur la place pour voir ce qu’il se passait et il était par terre. Personne ne faisait rien, alors j’ai été vers lui, il saignait beaucoup de la tête. Une passante a dit de le mettre sur le coté et une maman a donné la couverture de son bébé. D. tremblait et il ne répondait pas», témoigne Dan, 16 ans. Dans un premier temps transféré à l’hôpital d’Yverdon-les-Bains, D. a ensuite été héliporté au CHUV, à Lausanne, dans un état critique. Un établissement hospitalier où il a, hélas, rendu son dernier souffle, le lendemain en fin d’après-midi.
Circonstances à préciser
La genèse de ce drame est encore peu claire. En effet, à l’heure actuelle, plusieurs versions circulent sur les raisons de l’altercation, mais aucune n’est confirmée par la police. Pour certains cela serait le fait que D. Portait une veste de la marque Lonsdale, prisée par certains milieux d’extrême droite, qui lui aurait valu d’être frappé par R., un jeune Suisso-Colombien de 16 ans, lui aussi domicilié dans la région. Pour d’autres, ce serait des discussions, peut-être des moqueries, autour de la voiture de D., un véhicule dont la vitesse est limitée à 45km/h, qui seraient à l’origine de la confrontation.
Seule certitude, le ton a fini par monter entre D. Et R. Et ce dernier a assené un coup de poing à D., qui a alors fait une lourde chute sur le bitume. C’est tout. Pas d’acharnement. Et rien à voir, non plus, avec un éventuel règlement de comptes ou l’épilogue d’un vieux contentieux. «R. Voulait sûrement faire le grand devant ses amis, estime Dan. Mais il ne voulait pas le tuer, c’est un accident !» D’ailleurs, avant jeudi, personne parmi les jeunes qui ont pour habitude de se réunir sur la place Bel-Air ne connaissait D., qui était apprenti cuisinier de deuxième année dans un restaurant du centre-ville, où il s’apprêtait d’ailleurs à aller prendre son service au moment du drame.
Un patron ému
«C’est la police qui est venue, jeudi, nous dire qu’il ne viendrait pas travailler, car il s’était fait agresser», explique son patron. «Ce garçon allait avoir 18 ans et se réjouissait beaucoup de pouvoir acheter sa voiture, une voiture avec des sièges bleus», poursuit, quant à elle, l’une de ses collègues.
Un adolescent normal
Quant à R., un garçon pas du tout connu pour être un adolescent à problèmes, décrit plutôt comme non violent et très sportif –il rêvait de devenir footballeur il a d’abord pris la fuite après l’agression. Mais, après avoir eu connaissance de la gravité de l’état de D., il a fini par se rendre de lui-même dans les locaux de la police, à Yverdon-les-Bains, en indiquant qu’il était impliqué dans l’agression. L’auteur a été entendu durant la nuit par les inspecteurs, puis par la présidente du Tribunal des mineurs. Il a ensuite été placé en détention provisoire.
Et si ses explications ont permis de déterminer partielle- ment les circonstances de l’altercation, à l’heure actuelle, les investigations se poursuivent pour déterminer précisément le déroulement du drame. Dans ce dessein, toute personne ayant été témoin de l’agression est priée de prendre contact avec les enquêteurs de la Police cantonale vaudoise au 021 644 44 44.
Multiples réactions sur les réseaux sociaux
Depuis jeudi soir, de nombreuses réactions ont lieu sur les réseaux sociaux. Après le rassemblement de samedi sur la place Bel-Air, une communauté s’est formée sur Internet. La page spéciale a été ouverte sur Facebook, elle a très rapidement réuni plus de 1400 personnes. En une quinzaine d’heures, près de 200 messages ont été publiés sur le groupe. Pour surmonter leur chagrin, les internautes font part de leur tristesse, et partagent différentes anecdotes sur leur ami D., tout en témoignant leur sympathie à la famille du défunt.
Indignation de la Municipalité
La Municipalité d’Yverdonles- Bains a indiqué avoir appris «l’issue tragique de cette agression avec tristesse et indignation ». Par le biais d’un communiqué envoyé peu après l’annonce du décès de D., elle transmet ses sincères condoléances à la famille et aux proches de la victime. «C’est un drame épouvantable qui s’est déroulé entre ces deux jeunes, notre premier reflex était de montrer notre soutien à la famille et que nous ne sommes pas indifférents», ajoute Jean-Daniel Carrard, municipal de la police, du SDIS et des sports.
L’enquête qui se déroule actuellement devrait apporter des réponses quant au déroulement des faits. «Une fois que nous aurons les résultats, nous pourrons comprendre ce qui s’est passé, et seulement à ce moment- là nous pourrons tirer des conclusions», explique Jean- Daniel Carrard, qui ne sait pas si des mesures particulières seront prises quant à la sécurité de la place Bel-Air. «Cet accident reflète un problème de société qui aurait très bien pu se dérouler ailleurs qu’à Yverdon-les-Bains et il faut malheureusement vivre avec et parvenir à faire le deuil», indique avec un profond regret le municipal yverdonnois.