Yverdon-les-Bains – La kiosquière Thérèse Gugler a remis son commerce à sa fille, après plus de 30 ans de bons et loyaux services, même si elle n’a pas totalement arrêté son activité. Rencontre avec cette figure du bord du lac.

Thérèse Gugler a remis son kiosque à sa fille Joëlle Moser, mais elle n’a pas pour autant cessé de mettre la main à la pâte.
L’enthousiasme de Thérèse Gugler pour son kiosque renaît habituellement au printemps, lorsque les premiers rayons de soleil balayent la fatigue accumulée la saison précédente et l’ennui apparu entre temps. Mais cette année, cette évolution observée, depuis un certain temps, par la fille de la commerçante, n’a pas été d’actualité. Du haut de ses 74 ans, celle que tous les habitués de la plage d’Yverdon-les-Bains appellent simplement Thérèse ne se sentait pas d’attaque pour rempiler. Sa fille a donc accepté de reprendre les rênes.
Ne nous y trompons toutefois pas. Cette transmission de témoin ne veut pas dire que la figure emblématique du bord du lac a définitivement jeté l’éponge après plus de 30 ans d’activité. Samedi matin, elle était toujours fidèle au poste, dans les coulisses de son écrin vert, pour préparer les sandwiches. «Elle ne peut pas lâcher. Elle effectue encore des commandes et me remplace durant ma pause quotidienne, ainsi qu’un jour par semaine, pour me permettre de m’occuper de mon propre restaurant, aux Paccots», commente Joëlle Moser. «J’ai une tête à me reposer ?», demandera sa mère plus tard dans la discussion, pour confirmer que sa disparition de la scène estivale yverdonnoise n’est pas à l’ordre du jour.
Un épisode difficile de la vie de Thérèse, survenu en 2003, illustre le lien «viscéral» qui l’unit à son univers. Atteinte d’une leucémie foudroyante, cette modiste de formation, trop âgée pour bénéficier d’une greffe de moelle osseuse, était condamnée, de l’avis médical. «Elle m’a dit qu’il fallait vendre le kiosque. Mon frère voulait le faire, mais j’ai refusé. Il fallait le sauver, pour qu’elle puisse s’en occuper l’année suivante», déclare sa fille.
Planche de salut
Lors de son intérim, cette dernière était assaillie, à chacune de ses visites à l’hôpital, de questions sur le fonctionnement du point de vente. En décembre, sa mère était de retour à la maison et elle ouvrait son kiosque à Pâques 2004, comme à l’accoutumée. «J’avais un but», souligne, en toute simplicité, la miraculée, dont l’arrivée dans la Cité thermale est le fruit des hasards de la vie.
Thérèse Gugler a travaillé seize ans dans une laiterie de sa Lorraine natale, puis elle a suivi son mari de l’époque en terre neuchâteloise. «Je ne savais pas où se trouvait la Suisse», précise l’intéressée, hilare. Après avoir officié comme responsable d’un restaurant self-service, elle longe le lac pour reprendre la caravane de son prédécesseur ouverte en période estivale à Yverdon-les- Bains, et complète son emploi du temps en travaillant comme sommelière.
Investissement pour Expo.02
Thérèse délie les cordons de sa bourse pour remplacer le véhicule, qui souffre du poids des années, par deux containers agrémentés d’une plantation d’arbres à l’occasion d’Expo.02. Une offre toujours plus étoffée est proposée au fil des ans. Hormis les traditionnels jeux de plage, boissons et snacks en tous genres, le kiosque met aujourd’hui à disposition un micro-ondes pour chauffer les biberons, des cuillères pour les bébés, de la ficelle pour les navigateurs, et même quelques disques de stationnement à l’intention des conducteurs non équipés, pour ne citer que ces exemples.
Un endroit pacifié
Thérèse apprécie la convivialité qui règne sur le site de la plage d’Yverdon-les-Bains, où les bagarres entre jeunes ne sont plus qu’un mauvais souvenir. «Les familles se sont réapproprié les lieux», abonde sa fille.
Le soleil, la plage et le contact avec les gens -certains enfants d’alors sont devenus parents- sont les ingrédients qui poussent la septuagénaire à revenir chaque année dans son fief, véritable point d’ancrage dans un parcours marqué par les déménagements -elle habite maintenant à Champagne- et les changements dans le domaine de la vie privée.
Ses sandwiches terminés, Thérèse part prendre une pause bien méritée sur sa chaise longue installée de l’autre côté de l’allée. Parfaitement à sa place, comme un poisson dans l’eau.