Le sacerdoce d’Oliver Colin
20 mars 2015Badminton – LNA – Le BC Yverdon dispute ce week-end une demi-finale des playoffs très ouverte contre Uzwil. A 37 ans, le doyen de l’équipe n’est pas le moins remonté: il n’a jamais pris son engagement sportif à la légère.

Oliver Colin sait jouer de son côté intimidant sur un terrain, sans jamais manquer de respect à ses adversaires. «Je m’excuse toujours quand un volant tombe sur le filet», dit-il.
Quand les autres disputent des matches, Oliver Colin, lui, «part à la guerre». Il «monte sur le ring». Pas besoin de le regarder jouer longtemps pour comprendre qu’il ne rigole pas. A 37 ans, le doyen de l’équipe de LNA du BC Yverdon n’a rien perdu de son envie, de sa hargne, de son dévouement. A l’heure d’aborder la demi-finale des playoffs qui opposera son équipe à Uzwil, ce week-end, il est sans doute un des joueurs les plus remontés. Ni professionnel, ni amateur, son engagement est d’un autre ordre: il tient du sacerdoce.
Le badminton au quotidien
Il serait faux d’affirmer que le sport est toute sa vie: son métier de gendarme implique des horaires irréguliers, contraignants, tandis qu’il est père de famille nombreuse (quatre filles, un garçon). Et pourtant. «C’est pour le badminton que je prends toutes mes vacances, tous mes congés», affirme-t-il. Chaque année, avant les Championnats suisses, il «pose» ainsi un mois, qu’il consacre à sa préparation. «Alors, je joue facilement deux fois par jour», précise-t-il. Le reste du temps, il vit aussi avec sa raquette au quotidien. Littéralement. «Je m’entraîne tous les jours de l’année. Les exceptions sont rares», assure-t-il. Et tant pis si tout le monde lui dit qu’il en fait trop.
Son investissement total trouve sa signification en compétition. Oliver Colin «joue toujours pour gagner, y compris à l’entraînement» et s’étonne du détachement avec lequel les autres acceptent les résultats. «Je vois des jeunes qui gagnent leur premier titre, ils crient un petit ouais! et c’est terminé. Moi, à leur âge, quand je perdais, je pouvais casser toutes mes raquettes les unes après les autres.» Si, sur le court, l’«ancien» du BCY en appelle toujours à l’émotion, il estime être, aujourd’hui, «beaucoup plus fort dans la tête».
La colère qu’il peinait à maîtriser, il parvient désormais à la transformer en énergie positive. «Aux derniers Championnats suisses (où il a fini en bronze, ndlr), en quarts de finale, je perdais 15-6 contre un joueur dont j’aurais pu être le père. A un moment, je me suis dit que cela suffisait, qu’il n’allait plus mettre un point. Et j’ai gagné», raconte-t-il.
Mais il sait que son caractère entier lui a aussi joué des tours par le passé. «A un moment donné, en équipe de Suisse, c’est probablement cela qui m’a empêché d’aller plus loin», estime-t-il. Car s’il arme ses terribles frappes pour la 21e saison en Ligue nationale, il n’a pas percé à plus haut niveau.
Vie de sportif d’élite
Ce n’est pas l’envie qui aurait manqué. «Une vie de sportif d’élite, à passer d’hôtel en hôtel, ça m’aurait plu», sourit-il. Mais il n’en a jamais vraiement eu l’opportunité. Après l’école, il a fait un apprentissage et il a ensuite vite eu sa première fille: «Attention, je n’ai aucun regret. Je ne crois pas non plus que beaucoup de monde a une vie telle que la mienne», entre un travail qui lui plaît, une riche vie de famille et une passion sportive qu’il peut pratiquer dans l’élite helvétique.
Oliver Colin est tombé dans la marmite du badminton tout petit, ses deux parents évoluant, lorsqu’il était gamin, en Ligue nationale. «Aux matches, je courais après tous les adultes pour qu’ils jouent avec moi», se souvient-il en souriant. Et il n’est pas prêt d’arrêter. «Quand je vais aux Mondiaux seniors (où il a atteint les quarts de finale, ndlr) et que je vois des joueurs de 80 ans, je trouve ça extraordinaire.»
En attendant d’en arriver là, il a, avec le BCY, un titre de champion suisse par équipes à aller chercher. Il est sûr que c’est possible: «Notre équipe est plus forte que jamais.» Et il est prêt au sacrifice pour y arriver. «En jouant, je mets ma santé en danger», avoue celui qui souffre actuellement (et notamment) d’un tendon d’Achille. Qu’importe. S’il pense «pouvoir apporter quelque chose à l’équipe», il sera, ce week-end, «sur le ring».
Demi-finale des playoffs de LNA:
Aller: demain à 17h à Yverdon.
Retour: Dimanche à 14h à Uzwil.
Carte de visite
Nom: Oliver Colin.
Age: 37 ans.
Domicile: Orbe.
Etat civil: En couple avec Christelle, avec qui il a cinq enfants.
Profession: Gendarme.
Parcours: A fait ses classes à Neuchâtel, puis a joué à La Chaux-de-Fonds, à Genève et à Yverdon.
Palmarès: Quatorze médailles de bronze et une d’argent aux Championnats suisses élite. Plusieurs autres podiums en juniors et en seniors.