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Le Théâtre Benno Besson perd son inspirateur

10 février 2012

Une page de la vie culturelle yverdonnoise se tourne ce soir. Autorités, amis et passionnés de théâtre rendent hommage à Pierre Bauer… et accueillent son successeur Thierry Luisier.

Pierre Bauer revient ce soir au Benno Besson pour une soirée qui lui est dédiée.

«J’ai pu m’épanouir dans le théâtre que j’aime.» Alors qu’il considérait qu’un cycle de travail de sept ans était «une bonne dose», Pierre Bauer en a passé vingt à la tête du Théâtre Benno Besson, qui, à son arrivée, n’était que… le Casino. Un édifice symbolique par son architecture, mais terriblement complexe dans son contenu matériel, et surtout culturel. Retour sur une histoire d’amour.

Dès son arrivée à Yverdon-les-Bains, Pierre Bauer, peu à l’aise avec l’enseigne -imaginez la tête d’un directeur de troupe belge ou français lorsque vous lui proposez de jouer dans un casino- avait songé à donner un autre nom à un Théâtre Municipal d’une autre époque, qui accueillait encore lotos et autres soirées.

Le nom de Benno Besson, qui a passé sa jeunesse à quelques centaines de mètres de là, s’est tout naturellement imposé. Le principal intéressé a donné son accord et ce nom a sans doute contribué au rayonnement du lieu, en même temps qu’il a aidé Pierre Bauer à y créer, à force de patience, un vrai théâtre.

Un lieu magique

Lorsqu’il évoque ce long bail à la tête d’un lieu emblématique, Pierre Bauer signale ci ou là une frustration. Celle par exemple de ne pas pouvoir accueillir des spectacles de théâtre contemporain, en raison de l’exiguité de la scène et de ses dégagements. Mais pour rien au monde, il ne changerait les choses.

Que de travail accompli -avec son équipe précise-t-il à chaque occasion, rendant aussi hommage à Christiane Vincent, qui l’a précédé- pour donner une âme et un contenu à ce lieu devenu magique.

A son entrée en fonction, en 1992, de grands travaux de transformation étaient prévus. Mais la crise a eu raison du projet. Il a fallu se contenter d’une rénovation plus légère. Mais le fin négociateur, dont la modestie constitue une véritable arme, a su, par étapes, convaincre les autorités d’investir dans la maison.

Le fruit de l’expérience

«Les comédiens adorent jouer dans ce théâtre. Il a une âme», relève Pierre Bauer. D’ailleurs, il rêve encore du petit théâtre qui pourrait être créé sous la coupole ou de l’aménagement de bureaux pour les services culturels dans la salle située au-dessus de la Grange. Son successeur Thierry Luisier aura peut-être le bonheur de concrétiser ces projets…

La grande chance pour Yverdon-les-Bains aura été de bénéficier de l’extraordinaire expérience de Pierre Bauer, acquise dans les nombreux rôles occupés par l’homme de théâtre, administrateur, comédien, ou metteur en scène selon les circonstances et les opportunités de la vie.

Ceux qui l’ont adoubé à l’époque ne se doutaient peut-être pas qu’une petite ville de province était tombée sur une vraie perle. Car le réseau qu’il s’est créé tout au long de sa carrière a permis à Pierre Bauer de réaliser de petits miracles, cela malgré l’augmentation des moyens octroyés. La production et la co-production de spectacles a donné l’occasion au public yverdonnois d’élargir son «répertoire».

Le public a répondu

Mais là encore, modeste, Pierre Bauer affirme que «c’était dans l’air du temps», une sorte d’évolution naturellle.

Si la ville est trop petite pour s’offrir une troupe résidente, ou encore une série de représentations d’un spectacle, Pierre Bauer constate avec satisfaction que le public l’a suivi. Et de rendre hommage à ceux qui étaient chargés de superviser son action: «J’ai bénéficié d’une liberté totale à 120%!» Sans doute aussi parce qu’il a toujours préféré le dialogue à la confrontation, les petits pas aux révolutions de palais.

Un vrai homme de théâtre quitte Yverdon-les-Bains, mais ne lui dit pas adieu. Il y reviendra comme acteur, et sans doute un peu plus tard comme metteur en scène. Car on ne quitte pas vraiment un monde que l’on aime.