Trois prévenus, dont deux Nord-Vaudois, ont été condamnés à des peines privatives de liberté fermes pour de multiples infractions dans la région.
Même si ce n’est pas ce que nous apprennent les parents, mentir n’est pas forcément un crime. Sauf si la personne en tire un avantage. C’est même le principe de l’escroquerie: tout est dans l’astuce. Paul*, Blaise* et Philippe* ont jeté de la poudre aux yeux d’une trentaine de personnes en dix ans (lire encadré), mais aujourd’hui la farine s’est dissipée. Ceux qui se sont fait rouler ont obtenu gain de cause, puisque le Tribunal de l’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois a condamné les trois prévenus à des peines privatives de liberté. Et pas de sursis pour ceux qui sont reconnus coupables d’escroquerie, de faux dans les titres, de filouterie d’auberge, et d’abus de confiance notamment.
Ainsi Philippe, qui est impliqué dans une majorité de cas, a admis la plupart des faits reprochés, mais il se refuse d’avouer qu’il voulait duper les gens. «J’avais l’intention de payer», a-t-il martelé lors de l’audience (lire La Région du 12 janvier). Néanmoins, il a écopé d’une peine privative de liberté de trente mois ferme. Et malgré ses agissements, la Cour renonce à révoquer le sursis dont il bénéficie pour des actes similaires jugés à Fribourg. à ce jour, il accumule déjà quelque 416 000 francs de dettes et, avec les procédures, il a encore reconnu devoir quelque 76 000 francs. Son avocat, Me Jérôme Reymond, a fait une annonce d’appel. Avant de le confirmer, il attend de connaître les motivations de la Cour. «Cela dépendra de quels faits ont été retenus et avec quelle qualification, explique-t-il. On est dans un cas de figure de l’escroquerie au contrat, qui est un cas particulier. Tout est affaire d’appréciation des circonstances dans la conclusion des contrats.»
Quant à Paul, il a eu beau répéter qu’il était désolé, cela ne lui a pas évité la case prison. «La claque, je l’ai reçue, je l’ai encaissée. La détention m’a permis de comprendre la gravité de mes actes, a-t-il concédé devant la Cour. Je me suis fait la promesse que mon fils ne devait plus jamais m’écrire en prison.» Ce qui n’a pas empêché le Tribunal de condamner le Nord-Vaudois à dix-huit mois de prison ferme. Il a aussi alourdi son ardoise en reconnaissant plus de 8000 francs de dettes.
Même Blaise a droit à une peine privative de liberté de deux mois ferme, alors qu’il est le cas «léger» de l’affaire. «Je m’attendais à une peine sévère, mais je pense qu’elle est inutile, surtout qu’elle arrive trois ou quatre ans après les faits, souligne Me Radivoje Stamenkovic. C’est le seul des trois qui a retrouvé un travail – qu’il risque de perdre s’il va en prison – et qui paie ses dettes. C’est le seul qui démontre qu’il participe à la réparation des torts causés.»
Toutes les parties attendent les motivations de la Cour pour se déterminer si cela vaut vraiment la peine d’aller au Tribunal cantonal.
*prénoms d’emprunt
Des infractions aux quatre coins du Nord vaudois et bien au-delà
Blaise*, Philippe* et Paul* ont cumulé les mauvaises actions. Le Parquet en a retenu 56, résumées sur 29 pages, traduisant une dizaine d’infractions différentes et impliquant une trentaine de victimes. Voici quelques faits qui se sont déroulés dans le district:
L’art de vendre du vent: à Orbe, à Chavornay, à provence, à Vuarrens et à Yverdon notamment, les prévenus ont promis à des acheteurs de leur vendre des machines. Mais dans les faits, ils ne les avaient pas. En revanche, pour conclure les affaires, ils demandaient toujours des avances. Plusieurs personnes se sont ainsi retrouvées avec quelques billets en moins mais sans machine. Selon les prévenus, qui ont promis de rembourser les dus, des incidents avec les fournisseurs en sont la cause.
Petit mensonge pour un gros pécule : Pour obtenir 15 000 francs, Philippe a démarché un entrepreneur, prétextant qu’il devait avancer les frais pour réparer une machine avant que l’assurance ne le rembourse. N’ayant aucune garantie, l’entrepreneur a refusé. C’est là que Blaise, travaillant dans une société de vente de machines, a établi une fausse garantie. Ce qui a incité l’entrepreneur à prêter l’argent.
Filouterie: Durant des mois, Philippe* a dormi dans un hôtel urbigène. Et il est parti en laissant une ardoise de 3360 francs. Et en emportant la clé de la chambre, selon l’hôtelier qui aurait dû faire changer les serrures. Ce dernier point est contesté.
Ils embarquent les rails: chargés de vider un local des Moulins Rodynam, à Orbe, Paul et Philippe sont partis en prenant tout, même un bout de rail. Pas de chance, ils ont égratigné la porte au passage et ont dû s’expliquer.
Dettes envolées: Pour décrocher un bail, Blaise a admis avoir produit un faux extrait du registre des poursuites, effaçant au passage ses dettes, pour l’envoyer à une gérance.
Acheter sans payer: Une dizaine de jours après l’incendie d’une ferme nord-vaudoise, Paul* a proposé au propriétaire de lui racheter le cuivre qu’il restait. Mais avant que l’affaire ne soit conclue, il est venu se servir (fait qu’il a admis). Puis, rebelote à Arnex, où il a embarqué du matériel qu’il avait promis d’acheter mais sans le payer au vendeur.
Il pique des plaques d’immatriculation: Blaise a reconnu avoir dérobé des plaques sur une remorque pour les mettre sur son Kangoo.