Le vin du Nord vaudois résiste mieux
28 août 2015Vaud – Dans un marché en repli, la baisse de la production des appellations de Bonvillars et des Côtes-de-l’Orbe est plus faible qu’au sud du canton. C’est ce qui ressort de la 12e étude de l’Observatoire de la BCV.

Confrontés à l’ouverture du marché suisse, les vignerons vaudois ont, ces dernières années, diminué volontairement la quantité de vins produits, afin d’en améliorer la qualité.
Depuis un quatre de siècle, la vitiviniculture vaudoise a connu de nombreux bouleversements. Souffrant de l’ouverture du marché et de la baisse de la consommation -les Suisses boivent un tiers de moins de vins qu’il y a trente ans-, la production de vins dans le canton a baissé, entre 2000 et 2014, de 35,5% en moyenne. «Les appellations du Nord vaudois (ndlr: -27,3% pour Bonvillars et -19,6% pour les Côtes-de-l’Orbe), ainsi que celles du Vully, ont mieux résisté», analyse Jean-Pascal Baechler, responsable de l’Observatoire BCV de l’économie vaudoise, qui a présenté, hier matin, à Lausanne, une étude sur le «marché vitivinicole vaudois».
Pour le conseiller économique de la Banque cantonale vaudoise, il y a plusieurs raisons à ce recul moins marqué. Les productions moins conséquentes facilitent, sans conteste, leur écoulement. Il y a également le fait que les cépages au nord du canton sont plus diversifiés. «Que ce soit à Bonvillars ou dans les Côtes-de-l’Orbe, on produit une majorité de rouges, explique Jean-Pascal Baechler. Ces régions ont donc été moins touchées que celles du sud, plus dépendantes du chasselas. En effet, les blancs, qui avaient été très protégés, ont beaucoup souffert de l’ouverture du marché suisse.» Moins réputées que leurs voisines lémaniques, les appellations du Nord vaudois ont, selon le rapport de la BCV, fait de gros efforts pour améliorer la qualité de leurs produits, et, aujourd’hui, leurs rouges se vendent bien.
Deuxième canton viticole
Le canton reste le deuxième producteur en Suisse, après le Valais, mais est premier si l’on ne prend en compte que le blanc. L’an dernier, un quart des vins suisses (26,4%) étaient produits dans le canton. «Les vins vaudois souffrent cependant d’un déficit d’image», constate encore Jean-Pierre Baechler. Handicapés par la réputation un peu vieillotte du chasselas (67% de la production) -même si celle-ci s’améliore-, les vins vaudois peinent à donner une image moderne. Et à la question de savoir «quel canton produit les meilleurs vins?», les Suisses répondent le Valais, tant pour les rouges, que pour les blancs. Et Jean-Pascal Baechler de conclure: «Le grand défi de ce secteur emblématique du canton est d’améliorer la promotion afin de regagner des parts de marché au niveau suisse».
Les Suisses alémaniques délaissent les vins suisses pour les italiens
L’une des difficultés de la vitiviniculture vaudoise réside dans le fait que la Suisse alémanique (qui représente 70% du marché intérieur) se détourne de la production nationale. «Les vins suisses ont presque disparu des tables des grands centres urbains alémaniques», souligne Jean-Pascal Baechler, de l’Observatoire BCV de l’économie vaudoise. Une appréciation confirmée par les chiffres de l’Office fédéral de la statistique. En moyenne par mois, entre 2009 et 2014, un ménage alémanique a dépensé 9,90 francs pour des vins suisses et 23 francs pour des vins étrangers. De leur côté, les ménages romands ont dépensé la même somme, 23,90 francs, pour les vins suisses et étrangers.
Reste que les grands gagnants de cette tendance sont les vins italiens. «Les Suisses allemands en raffolent», confirme Jean-Pascal Baechler, avec comme résultat que l’Italie a, aujourd’hui, détrôné la France comme premier pays au niveau des importations de vins.
Une terre de rouges
Au contraire des régions viticoles de l’Arc lémanique, où le vin blanc représente trois quarts de la production, le Nord vaudois reste une terre où l’on produit une majorité de vins rouges: 60,2% pour Bonvillars et 77,4% pour les Côtes-de-l’Orbe.
Les trois principaux cépages sont, pour l’appellation Bonvillars: le chasselas (34%), le pinot noir (30,1%) et le gamay (14,9%). Pour les Côtes-de-l’Orbe, on retrouve le gamay (43%), le chasselas (18%) et le pinot noir (14%). A titre de comparaison, le chasselas représente, respectivement, 68,5% et 75,8% des cépages de la Côte et du Lavaux. Le Calamin consacre, même, la quasi totalité de son vignoble (98,1%) au chasselas, qui reste le roi des vins vaudois, occupant à lui seul 60,5% des surfaces de vigne du canton.