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Les défis persistent
La filière du lait est confiante en l’avenir malgré les différents enjeux. Keystone/Gaetan Bailly

Les défis persistent

3 avril 2025 | Texte: Lena Vulliamy
Edition N°La Région Hebdo No 5

L’assemblée des délégués de Prolait s’est tenue hier à Lucens. Rémunération et relève ont notamment été évoquées.

«La Confédération a remis à jour la pyramide alimentaire et le lait est placé très haut (ndlr: deux à trois portions de produits laitiers chaque jour). C’est ce qui doit motiver politiques et marchés à toujours produire du lait de qualité en quantité», a déclaré Marc Benoit, président du conseil d’administration de Prolait fédération laitière, à l’occasion de la 22e assemblée ordinaire des délégués.  «Cela doit aussi encourager les jeunes à poursuivre sur cette voie», ajoutait devant les 65 délégués présents et les autres invités  le président de cette faîtière qui organise la défense professionnelle des producteurs de lait vaudois, neuchâtelois, fribourgeois et bernois.

De nombreux enjeux

La relève est en effet une thématique préoccupante pour les acteurs de la filière – et au sein de Prolait. Pour pouvoir faire des revendications concrètes auprès de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), notamment en vue de la Politique agricole 2030, les producteurs sont encouragés à remplir un sondage pour combler les lacunes des données quantitatives sociétales ou sociales, comme l’a expliqué Alessandra Silauri, directrice de Prolait depuis l’été dernier. «Vous avez un nombre d’heures de travail élevé, avec une rémunération faible, voire très faible. Notre génération travaille comme cela, c’est comme cela qu’on a été éduqués et on avait aussi du plaisir pour notre travail. La relève est fondamentale, mais nous ne sommes pas sûrs que les jeunes voudront avoir les mêmes conditions de travail.»

La rémunération correcte avec prise en compte des coûts de production faisait justement partie des dossiers qui ont tenu Prolait en haleine en 2024. Autre sujet de préoccupation, le maintien de la qualité suisse avec régulation du marché et pas d’ouverture de la ligne blanche (tous les produits laitiers sauf le fromage). «Pour le fromage, la balance s’est faite entre les importations et les exportations. Concernant le beurre, il a beaucoup augmenté à l’étranger, mais il n’est pas encore au prix suisse», relevait Marc Benoît.

Il était aussi question de la stabilité des investissements au niveau des coûts de production: «Nous avons sensibilisé l’OFAG à un élément qui nous paraît presque inadmissible: la réduction de la prime SSP. Lorsqu’un producteur investit dans un outil laitier, celui-ci est compté dans le budget pour le remboursement des aides et des hypothèques. Ce n’est pas normal qu’on vienne limer cette prime. Un bâtiment est construit selon des normes, et l’agriculteur doit recevoir le soutien nécessaire.»

Autres sujets évoqués, le changement climatique et les variétés qui supportent mal la pluie, le Paquet Lait Vaud, la simplification administrative avec Digiflux, la décarbonation du lait et la vente de Grand Pré ou encore la problématique de la langue bleue, qui selon Prolait n’est pas gérée de la même manière en fonction des cantons concernant le vaccin, et le fait que la santé des bovins est essentielle, avec un webinaire sur la maîtrise du parasitisme. «Je crois pouvoir dire que nous sommes un partenaire incontournable», a assuré le directeur du conseil d’administration.

De bonnes nouvelles aussi

Alessandra Silauri a tout de même tenu à mettre en lumière le positif avec deux bonnes nouvelles: «Premièrement, il y a toujours une augmentation de la consommation de lait, donc vous êtes dans un secteur qui a de l’avenir. L’autre bonne nouvelle, c’est qu’en regardant les exportations d’AOP, on constate qu’entre 2018 et 2024, elles ont évolué pour le Gruyère, la Tête de moine, le Vacherin fribourgeois et le Vacherin Mont-d’Or. Et c’est parce qu’il y a une ligne très claire de qualité et d’exigence et tout un travail qui est fait sur la filière pour trouver des compromis pour ces AOP.

Pour Prolait, les livraisons des membres en 2024 ont été de 3% inférieures à l’année précédente, ce qui a eu un impact sur les cotisations, mais on va vers une reprise du marché. Il y a toujours une diminution des exploitations, notamment dans les cercles neuchâtelois, du Nord vaudois et de la vallée de l’Orbe, mais elles sont souvent reprises ou il s’agit de fusion.» Peu d’impact sur les quantités produites, mais une évolution rapide de la taille de ces exploitations, pour pouvoir avoir une rémunération. «On voit qu’à terme, il y a peut-être un déséquilibre qui s’installe auprès des sociétés de fromagerie, avec de nouveaux problèmes qui peuvent surgir; qu’on ait moins de fournisseurs, moins de producteurs, donc qu’on se partage les risques sur un investissement, mais aussi sur le fonctionnement d’une laiterie ou d’une fromagerie.»

Il est important d’être soudé au sein des fédérations romandes, a pour sa part rappelé Alessandra Silauri, «car nous sommes une minorité face à nos voisins alémaniques, dont la production laitière est très différente, plutôt basée sur du lait d’ensilage ou bio».

Augmenter le budget de l’agriculture

Parmi les invités, la parole a été donnée au conseiller national UDC Jacques Nicolet, qui a tenu à saluer la bonne collaboration avec Prolait, tant comme parlementaire que comme agriculteur. Il a évoqué sa motion pour conditionner le soutien versé pour le lait transformé en fromage au respect des prix indicatifs des filières, qui a «créé quelques tensions, notamment avec des industries laitières». Convoqué par l’OFAG, l’agriculteur nord-vaudois dit avoir assisté à une séance «très musclée».

«La motion avait été validée par les deux chambres, donc soit on trouvait une solution à l’interne avec les organisations pour la mettre en place, soit on laissait l’OFAG rédiger une mise en œuvre. La première variante a été choisie. Je rappelle qu’on parle de 380 millions de francs versés pour le lait transformé en fromage. Mais certaines industries utilisaient cet argent pour faire du fromage destiné à l’exportation. Qu’ils exportent du fromage, je veux bien, mais pas avec l’argent public.»

Il a aussi évoqué le budget de la Confédération alloué à l’agriculture. «Les médias se sont souvent gargarisés en disant qu’il y avait plus de moyens pour l’agriculture, c’est faux. Il n’a pas bougé d’un iota depuis vingt ans, alors que celui de la culture a fait +50%. Je n’ai rien contre la culture, mais je pense qu’on pourrait couper là.»

Avant d’entrer dans le vif du sujet, tout ce monde avait eu droit à une présentation très étoffée de la commune de Lucens par son syndic Patrick Gavillet. Et alors que la rencontre avait débuté avec un accueil café-croissants, elle s’est terminée par une verrée et un repas.