Outré, il va porter plainte contre une société de recouvrement trop agressive
4 février 2021Edition N°2886
Yverdon-les-Bains - Une société de recouvrement a traqué un entrepreneur de la région qui avait du retard dans son leasing. En plus d’avoir posé un sabot et subtilisé les plaques du véhicule, elle demandait un paiement de plusieurs milliers de francs… par WhatsApp.
«Aujourd’hui encore, je ne sais pas si j’ai payé un escroc ou la société réellement mandatée par Mercedes-Benz…» Pour Hendrin Adil, patron de LEDCOM Connect, l’année n’a pas démarré de la meilleure des manières. Le vendredi 8 janvier dernier, un message reçu par WhatsApp retient son attention. «Appelez-moi URGENT! Evo Security Group SA», clame l’interlocuteur, tout en joignant la capture d’écran d’une lettre de procuration de Mercedes Benz Financial Services Schweiz AG (par la suite, Mercedes), la société qui gère notamment les leasing du constructeur. Dans celle-ci, il semble que la-dite société mandate Evo Security pour obtenir le paiement du leasing de sa Vito, dont les quatre dernières mensualités n’ont pas été réglées.
«Je ne nie pas le retard dans les factures, concède Hendrin Adil. Nous sommes une petite entreprise. Nous avons toujours du travail et des clients, mais avec la crise économique actuelle certains n’ont pas pu payer ce qu’ils nous devaient. Nous étions donc en manque cruel de liquidités. Je n’ai d’ailleurs pas reçu les rappels de Mercedes, qui, selon eux, leur sont revenus en retour. Lorsque j’ai rappelé la centrale Mercedes, ils n’étaient pas au courant de ma situation.»
Le détail… par WhatsApp
Suite à ce message, l’homme qui dit travailler pour la société de recouvrement demande 4781,75 francs au Nord-Vaudois. Etonné par cette somme, l’entrepreneur demande une facture détaillée. En effet, même en comptabilisant la mensualité de janvier, Hendrin Adil devrait 2337,5 francs à Mercedes. L’entrepreneur est conscient qu’il devra assumer des frais, mais il veut s’assurer de payer uniquement ce qu’il doit. Le «détail» lui est transmis seulement trois minutes après sa demande… mais toujours via WhatsApp. Dans cette sorte de facture, le décompte donne simplement comme information: «Leasing incl. le mois de janvier CHF 3572.55. L’intérêt CHF 24.50. Inkasso CHF 1184.70.» Des chiffres qui ne collent pas avec le contrat de leasing. Peu importe, le message est immédiatement suivi d’un énième commandement de payer pour le lendemain.
Mais Hendrin Adil ne veut pas payer une telle somme sans garantie. «Si je n’ai pas immédiatement payé, c’est à cause de la manière très peu professionnelle de communiquer du collaborateur d’Evo Security. Je me suis dit qu’une entreprise comme Mercedes ne mandaterait pas une boîte qui me réclame de l’argent sans même une facture officielle et qui contacte ses clients à minuit… Ça ne m’a pas poussé à faire confiance à cet homme. D’autant plus qu’on a déjà essayé de m’arnaquer par le passé.»
Pose d’un sabot
Mais la pression constante du collaborateur de la société de recouvrement pousse l’entrepreneur à passer à la caisse. Il effectue un premier versement de 4400 francs. La réponse d’Evo Security ne se fait pas attendre. «Il manque 381.75» Ce à quoi le Nord-Vaudois répond que la somme restante sera versée le lendemain. Visiblement pas suffisant pour la société de recouvrement, qui envoie un nouveau message WhatsApp, on ne peut plus clair, à minuit: «Je viens de recevoir l’info qu’un collègue a bloqué la voiture» (voir image ci-dessous).
C’est la panique pour Hendrin Adil. Le patron ne comprend pas. «Lorsque j’ai reçu la photo du sabot, j’ai vraiment eu l’impression d’être face à des escrocs. J’ai même cru que ce n’était pas ma voiture!» De plus que ses plaques d’immatriculation ont également été retirées. Le Nord-Vaudois décide alors de faire ses recherches et tombe sur le numéro du patron d’Evo Security. Suite à un téléphone houleux, lors duquel Hendrin Adil explique avoir eu la confirmation par la police de l’illégalité de l’action de la société de recouvrement, le chef d’Evo Security annonce la rupture du contrat de leasing.
Son premier interlocuteur d’Evo Security lui envoie alors un message au ton décidément plus doux. «On a parlé en intern [sic]. Mon chef veut que ca sera moi qui viendras recuperer la voiture. Je pense quand meme que vous etes une personne avec laquelle on peut trouver une solution. Si les 4400.- arriveront chez nous sur le compte je viendras la debloquer […].» Plus besoin de payer les 381.75 francs qui manquaient, ni les 350 francs de frais supplémentaires demandés par Evo Security pour la pose du sabot.
Protéger l’Image de son entreprise
Voulant absolument protéger l’image déjà entachée de son entreprise, le Nord-Vaudois va alors accéder à toutes les demandes de la société. Il annonce même être prêt à payer cash. Finalement, il se rend lui-même à la banque pour faire un versement direct sur le compte d’Evo Security Group AG.
«Escroquerie ou pas, je devais payer. Parce que mettre un sabot à mon véhicule était un immense moyen de pression pour moi. Premièrement, je n’ai pas pu me déplacer tout au long de la journée. J’ai donc dû demander à mes clients de se déplacer dans mes bureaux. Or la première chose qu’il ont remarqué en venant dans mes locaux, c’est que mon véhicule avait un sabot. Un de mes clients me l’a d’ailleurs tout de suite fait remarquer. Le dégât d’image est très important pour mon entreprise et j’étais donc prêt à prendre le risque de payer sans aucune garantie, juste pour que ce sabot soit retiré. Les conditions pour mettre un sabot sont très strictes, je ne pouvais pas laisser cette image à mon entreprise.»
Une fois la preuve du paiement reçue, le collaborateur tient parole et retire discrètement le sabot et repose les plaques. Une fois le cas «réglé», Hendrin Adil demande des explications à la société. Il n’a toujours reçu aucune réponse et le collaborateur l’a bloqué. «Si j’ai contacté la presse, c’est aussi pour dire aux autres personnes à qui ça pourrait arriver de ne pas se laisser faire et que l’on a des droits», explique le chef d’entreprise.
«Rien d’illicite»
Contacté, le patron d’Evo Security nous a répondu par le biais de son avocat, Adrian Schneider. «M. Adil ayant refusé de payer les redevances de leasing échues malgré l’envoi de factures et de rappels, EVO Security Group AG, mandatée par la propriétaire du véhicule (ndlr: Mercedes), a entrepris des démarches en vue de la récupération du véhicule et de sa restitution à la propriétaire. Ce n’est que lorsqu’il a compris que le véhicule de leasing était sur le point d’être repris, soit quand le sabot était déjà posé, que M. Adil a décidé de régler les redevances échues. Les conditions pour la récupération du véhicule sont réglées dans le contrat de leasing que M. Adil a signé. Elles étaient réalisées. Contractuellement acceptée par M. Adil, la récupération du véhicule n’a rien d’illicite. EVO Security Group AG et ses employés ont agi dans le respect de la loi.» Par ailleurs, la société indique qu’en ne répondant pas aux premiers courriers de Mercedes, c’est Hendrin Adil lui-même qui a poussé la société à passer par WhatsApp pour communiquer avec lui.
L’entrepreneur n’est cependant pas du même avis. Plusieurs plaintes devraient être prochainement déposées, au pénal comme au civil.
La réponse de Mercedes-Benz
Dans un courrier reçu le 4 février, Roger Welti, responsable communication de la filiale Suisse du constructeur allemand, répond à plusieurs questions. «Nous sommes convaincus que nous avons toujours agi correctement dans ce cas, assure-t-il. Il convient de mentionner que nous n’engageons les étapes décrites ci-dessous que dans les cas où un locataire manque à plusieurs reprises à ses obligations de paiement sur une longue période.»
«Un contrat de location existe entre la société que vous avez mentionnée et Mercedes-Benz Financial Services Schweiz AG depuis environ trois ans, indique le constructeur. Le client n’a pas effectué les paiements convenus contractuellement depuis longtemps. Nous avons donc résilié le contrat avec lui par écrit conformément aux conditions convenues et lui avons demandé de nous restituer le véhicule. Le client n’a pas répondu à notre lettre, c’est pourquoi nous avons émis une procuration pour sécuriser notre véhicule. Dans de tels cas, c’est la conséquence habituelle dont nous avons explicitement informé le client dans notre lettre de résiliation et à laquelle il avait également accepté en signant les documents contractuels.»
«Evo Security Group AG, à qui nous avons confié la collecte, a adressé au client la procuration signée par nos soins à plusieurs reprises, explique Roger Welti. Le client savait donc que la saisie imminente du véhicule avait été autorisée par Mercedes-Benz Financial Services Schweiz AG. La fixation des bloqueurs de roues que vous avez mentionnés est une pratique courante et légale dans de tels cas, qui est utilisée par Evo Security Group AG en consultation avec les autorités. Le client a récemment payé tous les montants dus. Nous l’avons ensuite informé par écrit qu’il ne nous restait plus de paiements en souffrance. Nous avons également remis en vigueur le contrat avec lui. Le client peut donc à nouveau utiliser le véhicule sans restrictions. Comme déjà mentionné au début, nous sommes d’avis que nous avons agi correctement à tout moment et avons toujours correctement informé le client de ses obligations et de nos démarches.»