L’association «Politiciennes pour Yverdon» est née cette semaine, créée par cinq conseillères communales, une de chaque parti aujourd’hui représenté au Conseil.
Yverdon et son climat politique irrespirable? Elles ne veulent plus en entendre parler. Elles sont cinq, elles sont toutes membres du Conseil communal et elles représentent absolument tous les bords politiques et toutes les générations. Et, cette semaine, elles ont décidé d’unir leurs forces, afin de faire bouger les choses. Pas de clivage gauche-droite dans cette association, ouverte à toutes. L’appel est lancé, le mouvement est en marche.
«S’il arrive régulièrement qu’un membre du Conseil semble perdre de vue le bien commun en monopolisant la parole ou en critiquant l’un, l’une ou l’autre de ses collègues, cela n’est que rarement le fait d’une femme», relèvent les cinq élues, qui ont créé cette semaine l’association «Politiciennes pour Yverdon», qui souhaite également répondre à une autre problématique: la sous-représentation des femmes en politique, notamment à Yverdon (36 élues sur 100 aujourd’hui, une seule cheffe de groupe).
«Il faut souvent se battre pour être entendues, les discussions sont régulièrement teintées de paternalisme et il est arrivé à de nombreuses conseillères des expériences désagréables, parfois à la limite du harcèlement. Au point qu’on peut se demander si, en face de certains hommes, on est en 2021 ou en 1950…», assure le quintet, bien déterminé à faire bouger les choses.
L’idée est née en premier dans l’esprit d’Anne-Louise Gillièron (PLR) et de Joëlle Druey (PS), qui ont récemment échangé à ce sujet et estimé qu’il était l’heure de s’unir. «Nous avons parlé de nos expériences respectives et avons décidé d’agir», explique la première. Elles ont vite trouvé du soutien au sein d’autres formations politiques, mais chacune est désormais «ambassadrice» de l’association dans son propre parti. Une tâche plus compliquée au PLR, du fait d’une plus faible représentation des femmes pour l’instant. Sur les 77 candidatures au Conseil communal de l’alliance de droite avec les vert’libéraux et l’UDF, figurent en effet seulement 12 femmes. «On n’est pas nombreuses, c’est sûr… J’espère que cette association va aider à donner envie à plus de femmes de s’engager en politique, y compris au PLR», enchaîne l’avocate.
Les Vert.e.s font figure de «bons élèves» dans le domaine de la représentativité, puisque 24 femmes se présentent au Conseil communal sur une liste comprenant également 25 hommes et une personne non-binaire. En 2016, les femmes avaient d’ailleurs été très bien élues par la population, «trustant» les premières places. De quoi réjouir évidemment Fanny Spichiger: «Oui, je peux dire que nous nous sentons valorisées au sein du groupe. Je ne peux pas parler pour les autres partis, mais être une femme chez les Vert.e.s aujourd’hui, ce n’est pas un problème. Après, cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas confrontées à des comportements individuels inadéquats parfois. Ce n’est pas une question de gauche ou de droite à ce niveau-là. On se sent à l’aise et écoutées dans notre groupe, mais cela ne garantit rien au Conseil ou dans les différentes commissions, d’ailleurs. Et finalement, c’est là et aussi en plénum qu’on exerce véritablement sa fonction de conseillère, pas dans le groupe.»
Et au Conseil, justement? «Il ne faut pas généraliser, mais nous sommes parfois victimes, en tant que femmes, d’un comportement qui peut être appelé au mieux du paternalisme et au pire du harcèlement», estime la conseillère communale écologiste.
Les «cinq associées» appellent donc officiellement la population à voter pour des femmes le 7 mars prochain, afin d’atteindre la parité. Cette association est vue comme un lieu, virtuel, où les conseillères peuvent se former, se soutenir et se mobiliser pour de futurs projets communs. Parmi ceux-ci, pourquoi pas, une Maison de la Femme.
Alors, Yverdon-les-Bains s’apprête-t-elle à vivre un tournant au niveau de son Conseil? Ce sera à la population de le décider le 7 mars, mais une telle initiative ne peut de toute façon qu’être bénéfique, notamment dans le fait qu’elle émane d’absolument tous les partis. «Ce qui est sûr, c’est que l’atmosphère politique ne pourra pas être moins bonne s’il y a plus de femmes au Conseil communal qu’aujourd’hui. Je dirais même qu’avoir une meilleure représentation féminine serait plutôt une garantie que ça se passerait mieux qu’aujourd’hui», sourit Anne-Louise Gillièron.
Plusieurs témoignages accablants recueillis par les cinq conseillères
Les cinq élues ont lancé un appel à l’ensemble des conseillères communales. Celles-ci leur ont fait part de plusieurs témoignages. Plus d’une vingtaine ont été recueillis et mis sur papier, dont les suivants:
«Les postes aux commissions de gestion, des finances, sont proposés et occupés par les hommes; on pense aux femmes pour les commissions culturelles, suisses immigrés, etc…»
«Après une séance avec des hommes politiciens et des cadres de l’administration, on se retrouve dans un café pour débriefer. Impossible d’en placer une, ils ne parlent qu’entre eux. Ils ne me regardent même pas… Bref ils ne souhaitent pas m’entendre.»
«A la suite d’une séance de Conseil, à l’apéro: «Et bien, tu étais bien remontée ce soir, tu as tes règles?»