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Quand la nature se transforme en scène

17 août 2018
Edition N°2312

Vuitebœuf – Champvent – La troupe Ici’bas, invitée par le festival yverdonnois Le Castrum, a investi les forêts de la région pour un numéro tout en déambulation. Baptisé Homonolith, le spectacle égare le public dans les bois pour le rendre actif durant le show.

Des charpentes en bois, comme celle tenue par Pablo Valarcher, ont servi de base aux différents exercices de danse et d’acrobatie pour le spectacle qui s’est joué mercredi et hier soir en pleine nature. © Romain Huck

Produit contre les tiques? Check. Petit coussin? Check. Bouteille d’eau et sandwich? Check. Les premiers gestes demandés aux spectateurs du numéro Homonolith lors de l’avant-première, mercredi soir, ont rappelé à beaucoup les souvenirs de courses d’école. Sauf que, contrairement aux traditionnelles classes vertes, la troupe sainte-crix Ici’bas, qui a imaginé l’évènement spécialement pour Le Castrum, a gardé le parcours de l’expédition secret. La représentation avait l’ambition de faire sortir les spectateurs de leur confortable fauteuil de théâtre pour les emmener explorer la nature nord-vaudoise. Celle-ci n’était pas uniquement habitée par les animaux du coin, elle abritait aussi les performances des artistes locaux.

Le spectacle, qui a duré plus de quatre heures, combinait plusieurs scènes réparties le long d’un chemin ou en lisière de forêt, à travers les champs, au cœur des bois, alternant séquences de marche en compagnie des acteurs et haltes, plus ou moins longues, en fonction des performances. L’objectif pour Christine Daigle, danseuse canadienne qui a cosigné le projet avec le Sainte-Crix Mathias Reymond, est de «sortir le public de son contexte habituel, le perdre dans la nature, ne pas le laisser spectateur et lui permettre de vivre l’expérience de l’intérieur». 

Les interactions avec les artistes étaient donc omniprésentes, que ce soit lors du trajet en bus jusqu’au lieu mystérieux où a démarré la randonnée, durant la marche ou encore lors du repas autour d’un feu organisé pour l’occasion: de quoi briser la glace et créer un sens de la communauté avec les acteurs, les danseurs, les professionnels du cirque et les acrobates.

Les mises en scène, très diverses, ont intelligemment utilisé l’environnement – notamment la végétation, le relief du terrain ou encore la lumière du soir – pour décliner le thème principal du spectacle: l’habitat. Sujet pertinent lorsque le concept du numéro se fonde sur l’égarement volontaire du public. «C’est le fil rouge, décrit Christine Daigle. Qu’est-ce que ça signifie de perdre sa maison? De l’emmener avec soi? Et que veut dire se sentir chez soi?» Un propos à la fois universel et d’actualité.

Cependant, malgré un fil rouge thématique, l’hétérogénéité des performances, issues des différentes sensibilités des membres du projet, pouvait laisser un arrière-goût de manque de cohérence. «On s’est posé la même question, concède la Canadienne. Mais les premiers retours étaient bons. Nous voyons ça comme une force, pas une faiblesse. Les gens ont apprécié de faire eux-mêmes les liens entre les différents éléments.» 

La troupe Ici’bas espère ne pas en rester là avec Homonolith. Au vu du succès des deux représentations jouées pour Le Castrum, qui a déplacé environ deux cents personnes, la compagnie prévoit d’exporter le concept vers d’autres lieux tout en l’adaptant à chaque site.