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Redistribution des cartes sur les alpages

3 mars 2015

Région – L’entrée en vigueur des mesures sur la qualité du paysage bouleversent le modèle de financement des alpages. Le point avec l’inspecteur forestier Daniel Gétaz.

L’inspecteur forestier Daniel Gétaz interviendra jeudi à Agrilogie. © Michel Duperrex

L’inspecteur forestier Daniel Gétaz interviendra jeudi à Agrilogie.

Les pâturages boisés, ces alpages en mosaïques de prairies et d’arbres si caractéristiques du massif jurassien, sont au coeur d’un bouleversement que Daniel Gétaz évoquera ce jeudi, à Moudon, dans le cadre de la Journée technique de la Société vaudoise d’économie alpestre, à laquelle plusieurs communes régionales vont participer.

Régies par la Loi forestière, l’initiative parlementaire du conseiller national Laurent Favre (PLR/Neuchâtel) pour les faire intégrer à la zone agricole ayant été tacitement rejetée par le Conseil des Etats en décembre dernier, ces zones «mixtes» regroupent des acteurs aux intérêts parfois divergents dont les relations ont été chamboulées par l’apparition d’une manne financière accordée par le Service de l’agriculture.

«Les alpages sont souvent la propriété de communes qui en délèguent l’exploitation à des paysans», explique l’inspecteur forestier des arrondissements de la vallée de Joux et de Cossonay. Ces agriculteurs, dont une bonne partie viennent de la plaine, s’installent sur les hauteurs pour la saison estivale, faisant paître leurs vaches sur des surfaces peu productives contre un loyer généralement modéré. Des subventions liées à la mise en oeuvre des contributions à la qualité du paysage, conformément à la Politique agricole 2014-2017 de la Confédération, leur sont désormais versées.

En applicant ces nouvelles mesures destinées à la préservation des alpages -entretien des lisières, remise en état des parcelles sous-exploitées, réalisation de coupes sélectives, entretien des arbres feuillus isolés, entre autres- les exploitants peuvent être récompensés par des montants conséquents -Daniel Gétaz mentionne un exemple à 30 000 francs par année-, ce qui ne manque pas de susciter la grogne de certaines communes propriétaires d’alpages.

Des réglages à opérer

«Il y a des réglages à faire», admet l’inspecteur forestier, qui aura à coeur de présenter une solution consensuelle aux représentants communaux jeudi. Son alternative consiste, s’agissant de l’exploitation des arbres parsemés sur les pâturages boisés, à confier la coupe à l’équipe forestière communale ou à une entreprise mandatée par la Commune. Le bois serait ensuite vendu au profit de cette dernière, tandis que l’exploitant agricole, au bénéfice de la subvention ad hoc du Service de l’agriculture, se chargerait de la remise en état du pâturage. Les travaux d’abattage et de débardage seraient, enfin, refacturés à l’exploitant agricole.

«Il y a eu une prise de conscience quant à la valeur paysagère et en termes de biodiversité des alpages. Leur disparition aurait sans doute un impact sur le tourisme», déclare Daniel Gétaz.

En tant qu’inspecteur forestier, il se donne, par ailleurs, l’objectif de restaurer un climat de confiance avec certains agriculteurs. «Il y a actuellement assez de forêts. Nous ne voulons pas qu’elles gagnent du terrain sur les parcelles agricoles», précise-t-il.

 

Bétail moins mobile

La volonté politique de protéger les alpages (donc les pâturages boisés) a des répercussions hors de nos frontières, relève Daniel Gétaz. Le nombre de bêtes séjournant en France voisine est, en effet, en chute libre, la contribution d’estivage versée à l’exploitant ayant été revue à la hausse d’environ 20% dans la nouvelle politique agricole. Une mesure à laquelle s’ajoute désormais la contribution d’alpage destinée à tout détenteur de bétail estivant. Cette évolution pourrait avoir de lourdes conséquences sur la survie des alpages de nos voisins.