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Se tourner vers l’avenir tout en gardant un œil sur le passé
Frédéric Richard Rohner, un syndic passionné d’histoire et d’héraldique.

Se tourner vers l’avenir tout en gardant un œil sur le passé

24 octobre 2024 | Texte et photo: Virginie Meisterhans
Edition N°3816

La Région poursuit la publication hebdomadaire d’un portrait d’une commune nord-vaudoise.  Au travers de l’interview de son syndic, cette page aborde les réussites, les préoccupations, les projets d’une collectivité locale.

Aujourd’hui, place à Frédéric Richard Rohner, syndic de Montagny-près-Yverdon.

D’où venez-vous, Frédéric Richard Rohner?

Mon parcours est atypique: je suis né en Extrême-Orient. Au début des années 70, lorsque j’avais 3 ans, ma famille a dû rentrer en Suisse plus vite que prévu puisque mon père, qui présidait la filiale de Nestlé aux Philippines, subissait des pressions et avait même été visé par des tirs lors d’un attentat. C’est grâce à un ami de mon père avec qui il pêchait, le pasteur Cuany – connu pour avoir permis la réfection des façades du château d’Yverdon –, que l’opportunité d’acheter une maison à Montagny s’est présentée. À la fin des années 70, mon père a été appelé à devenir syndic. Malgré un parcours de vie à l’étranger – mon père lui-même est né en Afrique du Nord –, et bien qu’aucune goutte de sang vaudois ne circule dans nos veines, nous sommes les seuls père et fils à avoir été syndics dans l’histoire de Montagny.

Voilà vingt-deux ans que vous êtes à la Municipalité et quatorze à la syndicature. Vous êtes également secrétaire général des notaires vaudois. En quoi votre parcours de juriste a-t-il été un atout?

À mon arrivée, on m’a très vite confié la police des constructions, un gros dicastère car il englobe Chamard, Le Bey, etc. Historiquement, Montagny est une commune viticole et agricole, mais aujourd’hui nos préoccupations sont davantage celles d’une ville que celles de la campagne, sachant que 2000 personnes travaillent sur le territoire. Ma passion pour la chose publique et le droit m’offre l’avantage d’un regard parfois plus critique et moins «servile» par rapport aux fonctionnaires de l’État, à l’administration cantonale, et s’il faut remettre en place ou moucher quelqu’un, je le fais – toujours avec discrétion, ma marque de fabrique!

Il y a quelques années, le Conseil général est passé en Conseil communal à Montagny. Un avantage ou un inconvénient?

Le Conseil général a des avantages de démocratie directe, dont je suis un fervent partisan, pour autant que les gens s’expriment véritablement et ne soient pas uniquement des membres «pots de fleurs» qui vont dans le sens du berger. Le Conseil communal permet d’éviter ce côté «mouton de Panurge». Lors du changement, nous avons senti une meilleure implication, notamment dans les travaux de commissions et dans le bureau électoral.

Quel est votre regard sur les difficultés des petites communes à recruter des membres engagés ?

L’implication citoyenne permet de savoir ce qu’est une collectivité publique et de comprendre le fonctionnement d’une commune et des institutions. Le citoyen à l’heure actuelle est un citoyen consommateur et non plus acteur. Dans les petites communes, je reconnais aux membres de Municipalité un engagement extraordinaire, eux qui se font déranger à toute heure du jour et de la nuit et qui s’impliquent de façon quasi bénévole. Sans compter les énormes pertes financières, d’énergie et de temps – notamment en matière d’aménagement du territoire – qui démoralisent beaucoup de communes. Chapeau à elles pour leur engagement! Je ne suis pas pro-fusion, mais pour ces communes je comprends que ce soit compliqué de trouver du sang neuf et le besoin de fusionner peut s’entendre. Le cœur, lié à l’histoire et au sentiment d’appartenance, doit parfois s’unir à la raison.

Quel projet êtes-vous heureux d’avoir réalisé?

Il y a quelques années, nous avons recréé un local dans l’ancienne Maison de Commune avec de belles arches, qui est devenu un lieu convivial utilisé notamment par les élèves à la pause de midi et par l’association Montajoie qui organise des événements pour les séniors. Concernant l’écologie, à la fin des années 1980 la Brine avait fait l’objet d’un débordement qui avait inondé Chamard. Avec Grandson et l’aide du Canton et de la Confédération, nous avons sécurisé ce cours d’eau, procédé à des aménagements de renaturation, avec la volonté de créer un «couloir» pour la faune.

Et comment le grand passionné d’histoire, d’héraldique et de généalogie que vous êtes voit-il l’avenir?

On doit regarder vers le futur sans oublier d’où l’on vient. Certains éléments de l’histoire nous permettent de nous rendre compte d’erreurs commises. Connaître son passé permet de mieux être dans le présent et d’envisager un futur prospère. À notre échelle, nous essayons de faire les choses au mieux pour le bien de tous et pour la prospérité de la commune. Nous souhaitons que Chamard continue sa mue de pôle commercial et de hub médical, afin que les citoyens puissent bénéficier d’offres alternatives sur place. Je suis vraiment pour que l’on fasse du qualitatif, et j’espère voir encore s’implanter un établissement médico-social, un habitat protégé, un généraliste et d’autres professions comme des ingénieurs, avocats, notaires, etc.

D’un point de vue commercial, quelles sont vos relations avec la Ville d’Yverdon?

Nous avons toujours été favorables aux projets avec eux mais l’inverse n’a pas souvent été le cas. Yverdon a pu parfois nous jalouser mais il y a eu une évolution ces dernières années. Ils ont compris que nous ne sommes pas en situation de concurrence mais de complémentarité. Il est important qu’ils conservent un centre-ville qui vive par et pour leurs citoyens. Ce que nous avons nous à Chamard propose une offre plus «intercantonale», ce n’est pas la même clientèle.