Sports 5: les deux associations ayant fait opposition répondent aux questions
25 février 2021La réaction du Castrum et d’Ici au retrait de Mario Di Pietrantonio du projet Sports 5 était attendue. Elle est arrivée hier.
«Le projet est perturbé, mais ça ne veut pas dire qu’il est annulé. Nous avons à cœur que Sports 5 aille de l’avant, même si les récentes annonces vont sans doute le retarder.» Ainsi s’est exprimée Carmen Tanner hier, en préambule à la présentation du Plan directeur de la culture. Le retrait de Mario Di Pietrantonio du projet a fait l’effet d’une bombe vendredi dernier. Le promoteur y évoquait sa lassitude par rapport aux attaques qu’il dit subir de la part la gauche de l’échiquier politique, mais aussi son agacement envers deux associations ayant déposé des oppositions, Le Castrum et Ici. Contactés après l’annonce, les représentants de ces deux associations ont souhaité prendre leur temps pour répondre, ce qui a été fait hier au moyen d’un communiqué commun.
Les deux associations ont précisé regrouper «une vingtaine de professionnel-le-s, neuf personnes dans leurs comités, environ 150 membres et plus de 250 bénévoles». Elles ont souligné que «n’étant pas des institutions communales», elles disposent «d’une indépendance de pensée et d’action différentes de ces dernières». En outre, leur position concernant Sports 5 serait «soutenue par une dizaine d’autres associations impliquées dans la vie sociale et culturelle de la région». Leur «implication pour la vie» de Sports 5 n’est pas nouvelle. «En effet, dès 2015, nous constituions un groupe de travail pour élaborer un projet rassemblant plus d’une vingtaine d’associations et d’acteur-trice-s de la région afin d’utiliser le site en l’état. En 2017, un projet d’intention, co-signé par ces associations, a été envoyé à la Ville. Nous étions disposé-e-s, dès cet instant, à intégrer Sports 5 en proposant un site regroupant culture, sport et société. Ce courrier n’a malheureusement jamais trouvé de réponse.»
En ce qui concerne l’opposition ayant fait réagir Mario Di Pietrantonio, le Castrum et Ici assurent avoir «voulu cette opposition comme une opposition positive en la baptisant pr’oposition pour souligner son côté constructif. L’objectif de notre démarche consistait à créer un espace de parole et un temps d’échange dans le but de rencontrer les protagonistes du projet, de leur soumettre les questions ou les craintes qui nous habitaient et de trouver des solutions, ensemble. Nous ne voulions pas débattre de ces questions au travers de la presse mais bel et bien autour d’une table, à l’amiable».
Aucun plan de quartier n’ayant été adopté au préalable, cette opposition devait être «l’occasion de questionner la planification approfondie d’un projet de cette ampleur – définir l’utilisation du sol, le degré de sensibilité au bruit, ainsi que les règles de construction – et d’entrevoir la possibilité de continuer à faire vivre le lieu en attendant le début des travaux».
Par ailleurs, les craintes qui ont présidé l’opposition consistaient également en des points précis qui «fragilisaient des acquis essentiels de la vie culturelle et risquaient de mettre le projet en danger». En voici trois exemples concrets pour les associations: la difficile cohabitation d’un hôtel et d’une salle de concert qui ferme à 4h du matin, la présence inévitable de plusieurs débits de boissons et le prix inconnu des loyers pour les futur-e-s locataires du site.
«Le premier effet de cette opposition a été la rencontre avec les quatre chef-fe-s de services concerné-e-s par le projet», rapportent les deux associations, qui parlent de «rapports cordiaux, fruit de collaborations constructives depuis plusieurs années», qui ont permis d’aborder la problématique «de manière constructive et réjouissante».
En plus d’apporter des réponses jugées «satisfaisantes», les chef-e-s de services, en reconnaissant notre expertise d’acteur-trice-s culturel-le-s, nous ont informé que des règles de gouvernance seraient établies avec toutes les parties dans les prochains mois. Dans cette optique, les services nous ont invité à en dresser une liste et à la leur soumettre.
Concernant la rencontre avec Mario Di Pietrantonio, les échanges auraient été «courtois». Les deux associations disent avoir «pu entendre les craintes et les réserves de M. Di Pietrantonio. Ces dernières ont été prises en considération et intégrées à nos propres réflexions. Ces échanges productifs laissaient entrevoir la possibilité d’une collaboration intéressante qui devait se concrétiser dans l’établissement d’une charte commune qui pourrait inscrire quelques garde-fous. Le privé lui-même semblait intéressé à coucher sur papier les règles de fonctionnement du site».
Les associations étaient «en train d’établir cette fameuse liste de points pratiques à envoyer aux services. Ces derniers étaient au courant que nous envisagions de retirer notre opposition si nos revendications devaient être entendues et intégrées aux planifications. Nous nous étions mis d’accord sur un délai pour le 26 février pour la restitution de ce document.»
Les associations estiment «avoir agi de manière responsable en mettant en lumière les potentielles fragilités du projet et en abordant ouvertement les questions épineuses». Elles ne se disent pas «d’accord avec l’instrumentalisation» de leur opposition. Elle ne doit «ni être considérée comme prétexte au retrait de M. Di Pietrantonio, ni être utilisée comme un outil politique, de gauche comme de droite. Elle est une expression démocratique, que personne ne peut nous réfuter. Nous espérons pouvoir poursuivre les réflexions sur l’avenir de Sports 5 et sommes prêt-e-s à y contribuer par le partage d’idées concrètes et d’alternatives possibles».