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Une famille d’Orbe se retrouve au coeur d’un cyclone

13 janvier 2014

Les vacances des Jaccard ont été pour le moins mouvementées, la faute à Bejisa, un puissant cyclone tropical qui a balayé l’île de la Réunion les 2 et 3 janvier. S’ils sont sains et saufs, l’expérience a été éprouvante.

La famille de retour à Orbe, Nathalie et Pascal Jaccard, entourant leurs enfants, Sandy (20 ans) et Yoann (18 ans).

La famille de retour à Orbe, Nathalie et Pascal Jaccard, entourant leurs enfants, Sandy (20 ans) et Yoann (18 ans).

Cela devait être des vacances paradisiaques. Deux semaines de rêve, avec comme ingrédients principaux le soleil de la Réunion, la maison sur la plage et l’Océan indien à perte de vue. Mais voilà que le 31 décembre, une première alerte vient troubler la douce quiétude de la famille Jaccard, d’Orbe. «J’ai reçu un message d’un ami en Suisse qui me prévenait que nous allions prendre un cyclone», raconte Pascal Jaccard. Sur l’île, les gens se montrent étrangement calmes aux yeux des touristes nord-vaudois. «On nous répond que les cyclones se dirigent plutôt, en cette période, vers Madagascar ou l’Ile Maurice, poursuit Nathalie, son épouse. Les locaux disaient que le phénomène pouvait très bien s’affaiblir ou passer au large de l’île.»

En face de la maison, la houle cyclonique est des plus spectaculaires. Heureusement, un récif protège la côté de la fureur de l’océan.

En face de la maison, la houle cyclonique est des plus spectaculaires. Heureusement, un récif protège la côté de la fureur de l’océan.

Pourtant, tout va se précipiter. Le lendemain, le 1er janvier, l’alerte orange est déclarée par les autorités de La Réunion. Suivant les directives, la famille urbigène commence à faire des réserves d’eau potable et de nourriture. Nathalie Jaccard tient, ici, à souligner la gentillesse des Réunionnais : «Des gens sont venus nous apporter des bougies et un transistor, car lors des tempêtes, les informations officielles sont données via les ondes radio. D’autres sont venus nous aider à ranger les objets qui pourraient s’envoler et faire des dégâts.»

Tout le monde semble encore serein. Mais l’angoisse monte chez cette maman : «On annonçait des vagues de 8 à 12 mètres de haut. Je revoyais ces images du tsunami en Asie du sud-est.» Et la maison louée non loin de la ville balnéaire de Saint-Leu, sur la côte ouest de l’île, est justement située sur la plage. «Nathalie Jaccard veut alors absolument quitter la villa pour se réfugier sur les hauteurs, au contraire des trois autres membres de la famille, qui estiment que la côte est suffisamment protégée par le récif. La famille prend la décision de rester.

A 10 heures, le cyclone est sur l’île

Après le passage du cyclone, il est difficile de circuler sur les routes, en partie inondées et encombrées de branches cassées.

Après le passage du cyclone, il est difficile de circuler sur les routes, en partie inondées et encombrées de branches cassées.

Le 2 janvier, à 10 heures, c’est l’alerte rouge. Le cyclone est sur l’île. Plus personne, hormis les secours et la police, n’est autorisé à sortir de chez lui, sous peine d’une amende de 900 euros. Les Jaccard se cloîtrent dans leur maison, ferment les volets. Dehors, c’est le déluge. Le vent fait un bruit dément. Les arbres tapent contre la façade. A une cinquantaine de mètres de la maison, une ravine grossit à vue d’oeil, charriant des troncs entiers depuis la montagne jusque dans l’océan. A la villa, très vite, il n’y a plus d’eau. L’électricité est coupée. Il faut allumer les bougies. Et attendre. «Nous avons beaucoup joué au cartes», note Nathalie Jaccard. Pour la Vaudoise, le plus dur a été le manque d’informations, de ne pas savoir. La maison est coupée de tout. Il n’y a plus aucun réseau téléphonique. «Sur la fréquence radio de secours, ils ne passaient que des témoignages de gens qui téléphonaient paniqués, parce que l’eau entrait chez eux ou que leur toit s’était envolé…»

C‘est un calme trompeur qui règne dans la villa où les Jaccard se sont cloîtrés durant le cyclone. Dehors, les éléments se déchaînent.

C‘est un calme trompeur qui règne dans la villa où les Jaccard se sont cloîtrés durant le cyclone. Dehors, les éléments se déchaînent.

Les heures passent. Et, finalement, l’alerte est levée le 3 janvier, à 9 heures. «Le jour de mes 50 ans», lance Pascal Jaccard. Voyant par la fenêtre des gens dehors, la famille ose sortir. Après avoir dégagé le passage avec une scie – un arbre est tombé sur le portail de la villa – les quatre Vaudois partent en voiture direction l’aéroport pour s’informer sur leur vol de retour, prévu le lendemain. Sur la route, le spectacle est à la désolation. «Les rues étaient inondées. Le sol était jonché de branches, de fruits écrasés et de fils électriques. C’était assez dangereux», décrit encore Nathalie Jaccard.

Finalement, son vol annulé, la famille pourra s’envoler en direction de Paris avec 48 heures de retard. Au-delà des questions d’assurance qu’il reste à régler, l’expérience a été éprouvante. Pascal Jaccard y voit un point positif, néanmoins : «Je suis prof de géographie. La prochaine fois que je parlerai des cyclones à mes élèves, je pourrai leur expliquer réellement comment cela se déroule.»

 

Un oeil du cyclone aussi grand que l’île

Les Réunionnais n’avaient pas subi pareille catastrophe naturelle depuis le passage de Dina en 2002. Surnommé Bejisa, l’impressionnant cyclone tropical a balayé l’île de l’Océan indien, les 2 et 3 janvier, avec des vents dépassant les 175 km/h et des pluies extrêmes (jusqu’à 820 mm en 24 h). Le bilan fait état d’un mort et de dix-sept blessés. Quelque 172 000 foyers ont été privés d’électricité (120 000 le sont toujours) et plus de 200 000 logements ont vu leur eau coupée. Selon Metéo- France, l’oeil de Bejisa mesurait environ 75 km de diamètre, soit approximativement la taille de l’île.