Le futur quartier de l’Ancien-Stand devrait effacer un agglomérat de friches.
La présentation publique, mardi soir à l’Aula Magna, du plan d’affectation de l’Ancien-Stand, n’a attiré qu’une petite quarantaine de personnes, principalement des élus, anciens élus et autres partenaires. Sans doute le temps long qui préside aux démarches urbanistiques de grande ampleur laisse-t-il le public un brin indifférent. Et pourtant, c’est à ce stade qu’un certain nombre de choses peuvent se figer.
La municipale en charge de l’urbanisme, Carmen Tanner a lancé la présentation de «cette opportunité de développement dans le deuxième centre cantonal». Il s’agit en effet d’effacer les friches – un terme un brin audacieux puisqu’elles sont, encore, occupées par les Services de l’énergie et des Travaux, ainsi que par Car Postal – pour laisser place à un nouveau quartier situé à proximité de la gare et du centre historique.
Pour 700 à 900 habitants
Ce nouveau quartier permettrait d’accueillir entre 700 et 900 habitants, sur un potentiel de 5800 habitants évalué jusqu’en 2036. Ce chiffre, a précisé la vice-syndique, ne comprend pas les 5000 habitants possibles hors plan, qui pourraient trouver à se loger dans le cadre de projets de densification, tels quela création de logements en toiture (rue de Neuchâtel 51, en cours, ou Manor, rue du Lac, en projet).
Ce projet a pour but de «renforcer la qualité de vie et de ménager davantage de durabilité au centre-ville», a plaidé la municipale qui le voit comme «une grande colocation», avec des espaces publics et conviviaux, de la végétalisation en pleine terre et une rue de l’Ancien-Stand apaisée avec son passage en zone piétonnière. Elle imagine aussi «des rues comme des jardins», des fêtes organisées par une coopérative et des toits végétalisés. Et d’inciter les personnes présentes à prendre des cartes postales illustrées par la vision de cette ville nouvelle imaginée par Krum, dont vous avez une reproduction en bas de page.
Un travail de collaboration
Responsable du Service de l’urbanisme, Julien Woessner a d’emblée souligné que le travail réalisé dans le cadre de ce plan d’affectation était le résultat d’une collaboration interservices, dont l’objectif a consisté à traduire une vision et à améliorer la situation existante.
Pratiquement, il faut «réparer le passé» sur un périmètre de quelque 65 000 m2, dont le 50 au 70% devrait être dédié au logement. On pourrait aussi y trouver de l’artisanat (non bruyant), des bureaux, des surfaces commerciales – 2400 m2 au maximum afin de ne pas concurrencer le commerce du centre-ville –,et une crèche de 450 m2.
Les îlots seront constitués d’immeubles de trois à sept niveaux, ceux situés le long des voies CFF devant également servir d’écran à tout le quartier. Bien évidemment, les immeubles seront raccordés au chauffage à distance (CAD). L’éclairage sera limité, afin de réduire la pollution lumineuse. Il y a aura des nichoirs et des hôtels à insectes.
Les zones publiques seront aménagées afin de favoriser les rencontres. Il y a aura quatre places de jeu d’au moins 80 m2, des jardins partagés et une perméabilité piétonne. Entendez, le quartier n’est réservé à ses seuls habitants. «Il s’agit de valoriser les qualités extraordinaires de ce site proche de tout», a résumé Julien Woessner.
Enfin, Rébecca Parisod, du bureau d’urbanistes Fischer Montavon, a expliqué la démarche technique qui a permis de soumettre le projet en examen préalable aux services de l’Etat. Le public a pu ensuite s’entretenir avec les intervenants et leurs partenaires.
Le chemin s’annonce long et présente quelques écueils
A l’issue de la présentation, nous avons abordé un certain nombre de questions avec la municipale Carmen Tanner, en charge du Service de l’urbanisme. La solution des problèmes évoqués est un préalable à la construction de ce quartier qui, dans les intentions municipales, devrait être prêt à accueillir ses habitants et usagers en 2032.
Pollution du site
Le site, tout particulièrement la zone située entre les voies CFF et le Service des travaux, est pollué. Il a accueilli des décennies durant l’usine qui produisait le gaz de ville par crackage (coke). Le charbon était déposé à même le sol, sans aucune protection, donc exposé aux intempéries. Le terrain a sans doute été atteint sur plusieurs mètres de profondeur.
En précisant qu’à l’époque, le terrain appartenait à un privé, la municipale pense qu’il est possible de faire financer la dépollution (5 à 10 millions de francs), par des fonds mis à disposition par le Canton et la Confédération. Mais il n’est pas aisé d’y avoir recours. «Nous sommes prêts à aller loin», plaide la vice-syndique.
Déménagement des services
Après l’abandon du projet de transfert aux Parties (avenue Kiener), il a été envisagé de transférer les services communaux, Energies et Travaux, aux Isles, au sud de la route de contournement, face au centre sportif. Cela passera par un changement d’affectation, que le Canton est prêt à accepter dans le cadre d’un examen préliminaire. Car postal pourrait y avoir la même destination, mais pas Travys, faute de place.
Le déménagement a un coût que la Municipalité pense financer dans le cadre de la valorisation de ses parcelles de l’Ancien-Stand, qui seront cédées en droit de superficie (DDP) pour une longue durée.
Il est bien sûr impossible d’attendre des rentrées suffisantes des redevances ressortant du droit de superficie pour engager le déménagement des services, préalable à la construction du nouveau quartier. Tant Carmen Tanner que Julien Woessner pensent qu’à l’instar d’une pratique bien établie dans le cadre du viager, il serait possible d’obtenir des bénéficiaires du DDP le versement immédiat d’un capital de base, par exemple le tiers de la totalité, ce qu’on appelle le bouquet dans le viager, afin de financer les nouvelles installations des Services de l’Énergie et des travaux aux Isles.
Appel aux investisseurs
Ce n’est donc pas la Ville qui va construire le nouveau quartier de l’Ancien-Stand, mais des investisseurs que la municipale Carmen Tanner pense trouver sans trop de problèmes. Ceux-ci devront, par la force des choses, respecter à la fois un cahier des charges et les dispositions réglementaires. Le concours d’architecture permettra de mieux définir l’ensemble.