Week-end mouvementé à la Villette
4 août 2015Yverdon-les-Bains – Comme souvent, la Fête nationale a débouché sur une nuit agitée dans le quartier situé au nord-est de la Cité thermale. Certains habitants s’insurgent, d’autres relativisent.
Yverdon-les-Bains, Villette, hier en début d’après-midi. Un amas de débris calcinés comprenant les restes d’une télévision gisent sur la place située devant le commerce de proximité du quartier (photo ci-contre). Avec les impacts d’engins explosifs laissés sur la vitrine du magasin spécialisé en poissons d’aquarium adjacent (photo ci-dessous) et des traces d’essence sur le sol, il s’agit des vestiges d’une nuit de samedi à dimanche dernier plutôt mouvementée, lors de laquelle une bande de jeunes a joué avec les nerfs des forces de l’ordre et des habitants.
«Ils ont surtout commencé à allumer des pétards aux alentours de 3 heures du matin, malgré l’interdiction. Les pompiers et la police ont dû intervenir», explique celui qui est, depuis 2002, le gérant du magasin d’alimentation. Un volumineux porte-documents garni de nombreuses coupures de presse à l’appui, il rappelle que la Villette est, hélas, coutumière de ce genre de scène en période de Fête nationale. «Je ne pense pas déposer de plainte, car je n’ai pas subi de dégâts cette année. J’ai installé des caméras en 2008. La situation était alors bien plus grave», déclare-t-il, brandissant des articles de 2005, qui évoquent une pétition.

A son arrivée, le collaborateur du magasin spécialisé en poissons d’aquarium a retrouvé de nombreux impacts laissés par des engins pyrotechniques (les points bruns) sur la porte d’entrée de son commerce.
«Depuis quelques années, cela s’est calmé. La police est de plus en plus présente», déclare le commerçant. Un habitant du quartier abonde. «Il y a une dizaine d’années, cela se répétait toutes les nuits, trois semaines avant et après le 1er Août. C’était particulièrement invivable, d’autant plus qu’il fallait se lever pour aller travailler», relève-t-il, avant d’indiquer avoir entendu l’un des jeunes fêtards du week-end dernier se vanter du fait que le matériel utilisé cette année représentait une somme de 7000 francs. «La dernière explosion a eu lieu à 5h14. Il y a aussi eu des pétards hier. J’espère que cela ne va pas se répéter cette nuit», commente-t-il.
D’autres ont une opinion moins nuancée sur les faits survenus récemment. Un lecteur, qui parle de «guérilla urbaine», émet, par exemple, le constat suivant: «A la Villette, nous sommes tout simplement oubliés et abandonnés, comme dans d’autres quartiers. Les gagnants sont toujours les mêmes: pas les autorités, pas les forces de l’ordre, mais les autres: fauteurs de troubles, dealers, pègre…»
Le gérant du commerce déclare, en effet, que certains de ses clients sont touchés moralement par ce type d’incidents. Néanmoins, selon lui, la vie est désormais beaucoup plus tranquille dans ce coin de la ville, où l’impact des démarches communitaires se fait sentir. Pour rappel, le quartier a bénéficié, de 2009 à l’année passée, du programme «quartier solidaire», soutenu par le Service jeunesse et cohésion sociale d’Yverdon-les-Bains (JECOS) et Pro Senectute Vaud. Le relais a été transmis, depuis juin 2014, au Collectif Villette et Sous-Bois.
Forces de l’ordre sur le pont
Eric Stauffer, le commandant du Service défense incendie et secours (SDIS) du Nord vaudois indique, pour sa part, que ses hommes sont intervenus pour un feu de poubelle jeudi soir et pour un déchet brûlé au bord de la route dans la nuit de samedi à dimanche, aux alentours de 2h du matin.
Du côté de Police Nord vaudois, le premier lieutenant Serge Freymond avoue avoir été surpris que les problèmes resurgissent après un an de trêve. Si la semaine dernière s’est avérée calme au niveau des pétards -une plainte d’un habitant a été enregistrée vendredi-, la nuit de samedi à dimanche a vu, selon ses dires, une trentaine de jeunes âgés de 15 à 23 ans allumer des objets pyrotechniques faits maison et des fusées. «Ils ne sont pas tous du quartier. Certains d’entre eux venaient de Lausanne et Neuchâtel. Ils ont commencé vers 21h30 et cela a duré toute la nuit. Ils ont regroupé de la poudre pour faire des pétards en forme de pain. C’est interdit et il y a un risque de blessure grave, notamment pour l’ouïe. Une vingtaine de personnes ont été identifiées et les mineurs ont été ramenés vers leurs parents. Plusieurs dénonciations ont été effectuées et des stupéfiants ont été saisis. Une enquête est en cours», signale-t-il.
Contrairement à d’autres années, la police n’a pas été la cible de projectiles. «Ils ont joué au chat et à la souris. On ne peut pas parler de guérilla, même si cela peut impressionner de voir des policiers courir après des gens», reconnaît, enfin, Serge Freymond.